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OH Sung-Tae - Interview retranscription

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Propos recueillis par Anaïs RAVOUX et KIM Jin-Ok.

OH Sung-Tae, 40 ans, est l’acteur coréen de Dance Town de Jeon Kyu-hwan (Corée, 2010, 96 mn), présenté en compétition au 18e Festival international des cinémas d’Asie (FICA) de Vesoul. Ce film a reçu le Grand Prix du Jury international. Dance Town est le dernier volet de la trilogie sur la ville du réalisateur JEON Kyu-hwan. OH Sung-Tae a joué également le rôle principal dans les deux premiers de la trilogie, Mozart Town (2008) et Animal Town (2009). Animal Town a été récompensé de la Mention spéciale et du prix NETPAC au 16e FICA en 2010.

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- Comment avez-vous rencontré le réalisateur Jeon Kyu-Hwan ?
M. Jeon a mis une annonce sur un site internet pour trouver des acteurs pour Mozart Town. J’ai vu l’annonce et j’ai postulé. Il a vu mon profil et m’a contacté. J’ai passé un casting et une audition, et j’ai été pris.

- Comment avez-vous rencontré le réalisateur Jeon Kyu-Hwan ?
M. Jeon a mis une annonce sur un site internet pour trouver des acteurs pour Mozart Town. J’ai vu l’annonce et j’ai postulé. Il a vu mon profil et m’a contacté. J’ai passé un casting et une audition, et j’ai été pris.

- Quelles sont les différences entre Dance town et les deux premiers de la trilogie ?
Les trois films concernent tous la ville. Le sujet principal n’est pas les gens mais la ville. Mozart Town montre des gens solitaires vus par un étranger, en l’occurrence, une professeure étrangère venue en Corée dans le cadre d’un programme d’échanges.
Animal Town raconte l’histoire d’un gérant d’une imprimerie, dont la fille a été victime d’un pédophile ; c’est l’histoire d’un homme ordinaire blessé. Et Dance Town, on pourrait dire que c’est un film sur le sentiment de manque. C’est l’histoire d’une étrangère à la ville qui s’y installe, et qui s’y adapte. On y voit, à travers les gens qu’elle croise, son regard et le manque de son mari qu’elle éprouve. En conclusion, les trois films parlent de la ville.

- Dans chacun des trois films, vous jouez un rôle différent.
Oui, dans Mozart Town, je joue le rôle d’un usurier. C’est un vaurien solitaire. Dans Animal Town, je suis gérant d’une imprimerie. C’est un homme blessé, qui n’attend plus rien de la vie ; il ne vit plus, il a l’air d’être coupé du monde. Un homme tellement blessé qu’il ne ressent même plus la tristesse ; il a le regard vide. Dans Dance Town, je suis un agent de police, plutôt un employé, qui n’a aucun sens de la justice ou aucun altruisme. C’est juste quelqu’un qui vit sa petite vie ordinaire. C’est peut-être le personnage qui est le plus proche de moi.

- Lequel avez-vous aimé le plus ?
C’est Animal Town. C’était très difficile de trouver le jeu de mon personnage. Je ne savais pas comment jouer quelqu’un de complètement blessé. Moi-même, je n’avais jamais connu une telle situation, alors je n’avais aucune idée de la façon dont il fallait jouer. Un jour, sur le plateau, j’étais complètement désemparé, j’ai dû rester un moment avec un regard vide. M. Jeon l’a vu et a dit : « C’est justement ça. C’est cette expression. C’est ça ton jeu ». Alors j’ai adopté cette attitude et le jeu est venu après. Au début, c’était vraiment très dur. Comme c’était très dur, j’éprouve plus d’affection pour ce rôle et pour ce film

- Comment avez-vous travaillé avec le réalisateur ? Vous discutiez beaucoup ?
M. Jeon ne décide pas tout en avance. Il me dirige en s’inspirant de ce qui lui vient à l’esprit sur le tournage. Quand j’arrive avec mes idées, il les juge selon ce qu’il ressent sur place. Moi aussi, je prends l’idée qui me vient à ce moment-là. Il n’aime pas le jeu fabriqué, artificiel. On ne joue pas ce qu’on a préparé en avance : avant de tourner, je joue la scène une ou deux fois, et c’est là qu’il me fait des remarques.

- Quelle scène a été la plus difficile pour Dance town ?
Il n’y avait pas de scène particulièrement difficile. Peut-être un peu pour la scène de sexe dans la rue. Mais c’était surtout le froid.

- Comment avez-vous préparé la scène ?
Comment ai-je préparé la scène ? Euh… bien (rires). On a répété plusieurs fois. C’était une scène où il fallait se déshabiller. Comme il faisait froid, il fallait finir vite. Donc on a discuté des séquences que je devais jouer et on a répété plusieurs fois. Ensuite on a filmé. Mais on a filmé encore plusieurs fois. Parce que dans le montage, on prend la scène sous plusieurs angles.

- Dans la scène où vous buvez avec l’héroïne, vous avez vraiment beaucoup bu comme dans les films de Hong Sang-Soo ?
Non, on a bu juste un peu. Juste ce qu’il fallait pour aider le jeu.

- Vous sentiez-vous proche de votre personnage ?
Dans Dance Town, j’ai joué sans réfléchir trop sur le jeu. J’ai joué comme je le sentais. Peut-être que mon propre caractère y est exprimé. Le plus dur était celui du gérant d’imprimerie.

- En tournant trois films avec le même réalisateur, y a-t-il eu une évolution dans la méthode de travail ?
Quand on a tourné Mozart Town, M. Jeon m’a beaucoup aidé. Ce qu’il cherche, c’est l’authenticité. Il est très sensible à ce sujet et pour cela je reste vigilant pour jouer un jeu « authentique ». Ça m’a fait beaucoup progresser.

- Concrètement, comment vous y êtes-vous pris ?
Je ne calcule pas. Si j’ai une idée préparée, si je calcule, ça se voit tout de suite dans mon jeu. C’est pourquoi je ne pense pas ; je joue de façon spontanée, comme cela me vient, comme je le sens. Ça m’a beaucoup aidé dans mon jeu.

- Que pensez-vous de la situation des réfugiés nord-coréens ?
C’est dû à la situation de notre pays divisé. En général, ce n’est pas considéré comme quelque chose d’important ; on n’y prête pas beaucoup d’attention. S’il y a des Nord-Coréens qui se réfugient en Corée du sud, il faut bien les accueillir. On ne peut pas les refuser. Au final, la réunification se fera. C’est juste quelque chose qu’il faut faire. Ça fait partie de la vie quotidienne.

- Les Coréens du sud et les Coréens du nord sont-ils vraiment différents ?
Non, c’est juste la langue, l’accent qui est différent. Comme les Coréens du nord parlent un dialecte, il y a une différence d’accent, d’intonation. Les conditions de vie sont un peu différentes entre les deux Corées mais nous sommes les mêmes. On a les mêmes idées. On peut penser que les Coréens du nord sont plus pauvres mais en Corée du nord aussi, il y a des riches et des pauvres. C’est juste une différence de niveau de vie ; le reste est pareil.

- Dans quels films avez-vous envie de jouer ?
Jusqu’à maintenant, j’ai joué essentiellement dans des films indépendants. Dans l’avenir, j’aimerais jouer dans des films à plus gros budgets. Des films pas trop commerciaux mais qui ont une valeur artistique. Mais ça me tente bien de jouer dans des films commerciaux. Je considère que je suis encore débutant. Alors j’aimerais jouer des rôles différents et variés.

- Quels rôles avez-vous envie de jouer ?
Tout. Mais mon but est d’avoir un jeu qui n’appartient qu’à moi, que personne d’autre ne peut avoir. J’aimerais jouer un rôle de méchant, un méchant, mais intéressant. J’aimerais aussi jouer dans un mélo. Je veux jouer tous les rôles.

- Avec quel réalisateur aimeriez-vous travailler ?
Avec Bong Jun-Ho. Il est le plus connu en Corée. Les gens pensent qu’il est le meilleur en Corée. J’aimerais aussi travailler avec Park Chan-Wook et aussi Lee Chang-Dong.

- Dans le 4e film de Jeon Kyu-Hwan, vous n’êtes plus l’acteur principal. Avez-vous été déçu ?
M. Jeon tourne actuellement son 5e long-métrage où je joue un peu. Dans le 4e, « From Seoul To Varanasi », j’ai fait aussi une apparition. Dans le 4e film, le rôle principal était mieux pour l’acteur Yun Dong-Hwan. Si le rôle ne me va pas, je ne peux pas jouer.

- M. Jeon pense que chaque acteur a des rôles qui lui conviennent et que pour ce rôle-là, vous n’étiez pas…
M. Jeon pense que l’acteur doit changer constamment. Il n’aime pas qu’un acteur joue le même type de jeu tout le temps. Il y a des acteurs qui sont bons en jeu comique ou en mélo. Si M. Jeon les prend dans son film, il va sûrement les montrer sous un autre jour. Il ne les prend jamais avec le même jeu. Il ne le veut pas. C’est pour ça, je dois constamment changer et pouvoir jouer des personnages différents. Ça me fait beaucoup avancer.

- Depuis quand jouez-vous ?
Ça fait 15 ans que je suis acteur. La comédie n’était pas ma spécialité à la fac ; j’ai fais des études ordinaires mais devenir acteur était mon rêve depuis mon enfance. Mais ma situation financière ne me permettait pas de me spécialiser dans ce domaine. Après mes études universitaires, j’ai travaillé pendant 6 mois. J’ai un CV un peu particulier. Mais j’ai commencé à jouer au théâtre et je l’ai fait pendant 10 ans. Mais je voulais toujours faire du cinéma et quand j’en avais l’occasion, j’ai aussi joué dans des courts-métrages. C’est il y a 5 ans que j’ai débuté dans le cinéma.

- Vous continuez à faire du théâtre ?
Non, je ne fais que du cinéma en ce moment.

- La série télé ?
J’en ai fait mais pas beaucoup.

- Je suppose qu’il y a une différence de jeu ?
Oui, il y a des différences de jeu. Honnêtement, le cinéma est plus intéressant. On peut en tirer une satisfaction. Je ne dis pas que la série télé est mauvaise, mais le système est différent. La série télé me tente aussi, mais jusqu’à maintenant, je n’en ai pas eu l’occasion. Quand on joue dans un film, on a plus de temps pour étudier le personnage. Ce qui n’est pas le cas pour la série télé : le temps est compté et le calendrier de travail est très serré. Par contre, pour un film, on a un script. On travaille dessus et c’est après qu’on tourne. On a le temps de préparer ; c’est pour cela qu’on éprouve une satisfaction une fois terminée.

- Avez-vous des projets ?
On m’a fait une proposition, mais ce n’est pas encore décidé.

- Quand vous ne tournez pas, que faites-vous ?
Je regarde beaucoup de films, et je m’entretiens en faisant du sport.

- Regardez-vous des films français ?
Oui, beaucoup. Le dernier film français que j’ai vu, c’était La Proie.

- Sortez-vous pour des festivals ?
C’est la première fois que je participe à un festival. Je suis très content de venir en France. Je trouve les Vésuliens très chaleureux.

- Voulez-vous revenir en France ?
Ah oui. J’aimerais revenir en France pour présenter un autre film. En fait, j’ai fêté mon anniversaire ici à Vesoul et ça fait cinq ans que je suis marié mais nous n’avons pas pu partir en voyage de noce. Ce voyage est notre premier voyage [M. Oh est venu avec sa femme qui est aussi son agent]. À bien des égards, ce voyage signifie beaucoup de choses pour moi.

L’interview a été menée conjointement par Anaïs RAVOUX, étudiante en 2e année de coréen à l’Inalco, et KIM Jin-Ok, enseignante de coréen à l’Inalco (traduction de KIM Jin-Ok).


Autour du film : critique de Dance Town ; interview vidéo de l’acteur coréen Oh Seong-Tae ; bande-annonce.

Portrait de Oh Sung-Tae. Tous droits réservés