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Coup de coeur Inalco - Riding the Dreams (Kanasembo Kudereyaneri)

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de Girish Kasaravalli (Inde, 2010, 105 mn)

par Damien Tridant

Les rêves sont un animal puissant, sauvage et familier à la fois, qu’on ferait mieux d’enfourcher dare-dare. Riding the dreams, en langue globale, vient du kannada

« chevauchant l’étalon du rêve » trop local sans doute pour les écrans du monde. On dénonce mais on exploite. Car au Karnataka on sait manier les contradictions : la capitale d’état est Bangalore, chef de file du bonheur moderne avec l’accueil massif des délocalisations informatiques, pendant que dans certaines campagnes où il fait chaud, sec et où le bois est rare, on ne brûle pas les morts, on les enterre. Les fossoyeurs sont de basse condition, bien qu’ils incarnent les vraies valeurs.

Fossoyeurs-Intouchables, c’est facile à retenir. Tout de suite ça sent l’injustice sociale et le discours à la louche. On n’y coupe pas : les exclus sont gentils, comme ce brave vieillard dépenaillé, si beau et si pur au milieu de son champ de pierres, et les bourgeois sont méchants, qu’ils soient brahmanes imbus de leur caste, ou anglais qui nous cassent les pieds même après la décolonisation avec leurs plans marketing, ou la modernité barbare, le gouvernement central, méchants, méchants. En plein recensement national où a ressurgi la notion d’Other Backward Classes ou « classes défavorisées » qui fait débat puisque dans discrimination positive il y a positif mais il y a discrimination aussi, le film ajoute un peu d’innocence partisane.

Quand on l’interroge (la délégation de l’Inalco a réalisé un entretien lors du festival), le réalisateur Girish Karasavalli, qui est pour la diversité culturelle et la réhabilitation des traditions rurales, ne ménage pas ses simplifications, qui ont pour but de dénoncer la domination des classes dominantes, vision éminemment politique et correcte d’un point de vue logique, on en conviendra. Du coup on ne sait plus si ça en dit long ou pas. Dans le doute, le jury Langues O’ lui a accordé son second prix, en fermant les yeux (les oreilles ?) sur la post-synchronisation décalée et la lumière artisanale, mais en reconnaissant dans ce qui semble être un procédé kaléidoscopique (où un même événement serait repris depuis différents points de vue), une façon de placer du cinématographisme formel dans une fresque au style réaliste à portée sociale, économique, politique et culturelle… tout en ménageant ses airs de fable onirique, car outre ces rêves prémonitoires, ces aborigènes éternels et ce cadavre caché, l’histoire nous présente un dieu incarné vraiment rigolo.

Riding the Dreams est le dernier d’une douzaine de films réalisés par Girish Kasaravalli, sexagénaire diplômé du fameux Film Institute de Pune et qui avait été récompensé lors du festival de Vesoul en 2009 pour Gulabi Talkies.


Autour du film : interview vidéo du réalisateur, biographie.

Image du film et portrait du réalisateur Girish Kasaravalli. Tous droits réservés.