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Prix Inalco - The Pawnshop

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Un film de Milo Sogueco (Philippines, 2009, 95 mn)
par Stefano Centini et Kate Chaillat

Présenté en toute fin de compétition, Sanglaan, du Philippin Milo Sogueco sort du lot avec une œuvre chorale simple et sans prétentions, qui dresse le portrait humain d’un mont de piété à Manille. Cette banque des pauvres, comme tant d’autres aux Philippines, attire et rassemble divers destins.

Le réalisateur Milo Sogueco, qui a lui-même grandi dans un mont-de-piété, montre les gens qui gravitent autour de cet univers particulier. Il les regarde à travers les yeux d’Amy, jeune et naïve caissière qui travaille pour une matrone dont le fils a déjà émigré aux États-Unis. Ce dernier voudrait maintenant que sa mère le rejoigne. Les vies particulières qui dépendent d’ "Olivia Pawnshop", que ce soient celles des employés ou des usagers, oscillent entre le désir d’un avenir heureux et un désespoir tenace. Mettre ses objets en gage, c’est se priver d’une part de soi-même.

L’inégalité sociale, thème traité dans plusieurs œuvres au cours du festival, prend ici une signification plus riche grâce à un coup de théâtre magistral en fin de film : le scénario nous rappelle qu’on ne peut jamais tout contrôler, et que les rêves sont bien difficiles à réaliser.

L`implicite du texte invite les spectateurs à lire le film comme le produit d’un travail silencieux et bien mené sur les désirs des personnages : ils perdent tous quelque chose, ils se privent toujours d’une partie d’eux-mêmes impossible à remplacer, et pourtant, ils luttent pour continuer à vivre dans leur environnement, dans leur pays.

C’est le cas d’Olivia, la patronne du Pawnshop, qui tente d’éviter d’émigrer vers les États-Unis où elle devrait renoncer à sa position pour devenir une simple grand-mère. Une telle thématique n’est pas banale dans un pays qui connaît une forte émigration vers l’étranger.

Le film transforme ce désespoir en provoquant des réactions face aux peines et aux difficultés des personnages. Il cherche toujours à voir dans la réalité ces couleurs pastel que la photographie souligne avec un clin d’œil au mélo américain des années 1950. La peinture de la précarité des gens qui mettent leurs objets en gage contraste ainsi avec la promesse de richesse de l’émigration.

The Pawnshop, qui a remporté le prix Langues O’ offert par l’INALCO, présente une synthèse efficace entre un engagement socio-culturel et une qualité filmique qui lui permet de toucher un public assez vaste. Comme le réalisateur Milo l’a dit lui-même : "Independent cinema doesn’t mean poor production methods (Le cinéma indépendant n’est pas synonyme de moyens de production réduits)".


Autour du film : Interview du réalisateur ; biographie ; panorama du cinéma philippin ; bande-annonce.

Photographies et affiche du film. Tous droits réservés