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Coup de cœur Inalco - Gabricha Paus (The Damned Rain)

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Un film de Satish Manwar (Inde, 2009, 93 mn)
par Meera Rana

Ce film porte sur des hommes qui se meurent sur fond de tumultes entre le ciel et la terre. Une terre, tantôt aride, tantôt submergée, blanche, brune ou noire, toujours changeante, toujours résistante à l’homme.

Sur cette terre, l’homme lutte. Il sème et sème encore. Il vide le champ englouti par les pluies en s’armant d’un seau d’eau. Pendant ce temps, son enfant est là, témoin et coursier.

Ce sont des gamins qui découvrent au détour d’une promenade à vélo le premier cadavre aux abords du chemin. Le jeu s’arrête alors, brusquement.

L’enfant est, comme nous, spectateur devant la brutalité de l’événement. Ce sont les adultes qui parlent ou pleurent. Ce sont eux qui hypothèquent des bijoux, envoient les enfants surveiller les pères, falsifient les papiers ou vendent l’ "arbre frère".

L’enfant, lui, observe, s’étonne, s’amuse et insulte cette maudite pluie qui l’empêche de dormir. Il vit dans son monde d’évidences, dans sa relation au présent. Dans le sillage d’un cortège funéraire, il voit une pièce à terre, il la ramasse. Derrière le grossiste qui menace son père, il escalade des collines de coton.

Pendant ce temps, les paysans meurent usés par les vicissitudes. Un vieil homme se tue littéralement en essayant d’obtenir un dédommagement au suicide de son fils. C’est en choisissant la mort qu’ils trouvent une issue. Celle du suicide n’en est qu’une forme, comme le dit la fin du film.

Ce que nous montre le cinéaste, ce ne sont pas les suicides des paysans, il nous éclaire plutôt sur la situation qui y mène. Si les notes d’humour qui ponctuent le film sont des contrepoids à la tragédie qui se joue, c’est parce qu’en ancrant son film dans le quotidien des villageois, il lui donne toute sa justesse.

En exposant diverses facettes de cette réalité : le recours aux usuriers, les coupures d’électricité, une bureaucratie étouffante, etc. Satish Manwar réussit à rendre compte de la dure réalité actuelle du monde paysan indien.

Cette satanée pluie n’est plus alors qu’une sorte de cristallisation de cette réalité. Les paysans sont confrontés à des éléments qui les dépassent et sur lesquels ils n’ont aucune prise. Le monde paysan est en butte à une sorte de fatalité qui le conduit au suicide inéluctable.


Autour du film : interview du réalisateur ; filmographie.

Image extraite du film. Tous droits réservés.