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Regard sur le cinéma coréen - J.S.A. : Joint Security Area (Gongdong gyeongbi guyeok)

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Un film de Park Chan-Wook (Corée, 2000, 110 mn)
par Hélène Kessous et Cécile Jeune

Sur la ligne de séparation entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, deux postes frontières, séparés seulement par un pont de quelques mètres, se font face.

Une fusillade éclate, un militaire nord-coréen est tué, tandis que les autres protagonistes sont blessés. Les deux pays s’accusent mutuellement, le Nord d’un attentat du Sud, le Sud d’une machination du Nord. Une enquête est ouverte par une commission helvético-suédoise de l’organisation des Pays neutres, qui va chercher à déterminer non pas qui est le coupable, mais les raisons de cette folie meurtrière.

L’intrigue se dévoile au fur et à mesure de l’enquête, à travers de longs flashbacks. Le scénario extrêmement brillant et fort bien construit nous embarque dans une longue marche vers la vérité. Pendant tout le film un sentiment commun nous anime : « Que s’est-il vraiment passé ? Comment ça s’est passé ? Comment les choses ont pu déraper vers ce massacre ? ». Alors que l’on se pose ces questions, tellement la haine du Nord pour le Sud et inversement est présentée comme insoluble, des indices percent progressivement les éléments de l’enquête et cette haine est évacuée très rapidement en ce qui concerne les protagonistes premiers du film, ces soldats du bout du monde. En effet, malgré tout ce qui oppose les soldats nord-coréens et sud coréens, ces hommes isolés de tout dans ce no man’s land, ont su dépasser les a priori et construire une amitié solide.

Park Chan-wook, à travers un excellent scénario qui nous tient en haleine jusqu’à la fin, utilise une enquête policière pour aborder un sujet politique particulièrement sensible en Corée du Sud : « l’autre », c’est à dire le Nord-coréen, qui pourtant est identique (même culture, même langue), mais qui représente le Mal. Le réalisateur propose ici une réflexion sur l’importance d’autrui : comment comprendre cet autre, qui parle la même langue, qui vit dans un pays qui un jour était « mon pays », qui est cet autre qui « me » ressemble mais qui n’est pas moi.

Accompagnée d’une mise en scène hors pair et un jeu d’acteur très précis, l’histoire de J.S.A. : Joint Security Area basée sur un fait divers propose une lecture presqu’anthropologique de la « différence » au sein d’une même culture. Ce qui, notons-le, est plutôt rare au cinéma.


Autour du film : bande-annonce ; biographie du réalisateur.

Images et affiche du film. Tous droits réservés