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Francophonie d’Asie : Cambodge - Les gens d’Angkor

Un film de Rithy Panh (France, 2003, 95 mn)
par Julie Blot et Morgane Iat

On connait Rithy Panh avant tout pour ses documentaires Bophana, une tragédie cambodgienne (France, 1996, 60 mn), sur une jeune réfugiée écrivant des lettres d’amour à son compagnon

et S21, la machine de mort khmère rouge (France, 2002, 101 mn) sur le centre de détention et d’extermination des Khmers Rouges. On connait sa gravité, son goût pour le détail. On connait moins le Rithy Panh des Gens d’Angkor, peinture sociale d’une région à la fois riche et pauvre. Riche d’histoire et de touristes (plus d’un million de visiteurs par an), mais ruinée par la guerre d’hier et la spéculation immobilière d’aujourd’hui, qui grignote progressivement les rizières.

Le réalisateur filme les gens d’Angkor et leur amour pour les temples. Ils prennent soin de chaque pierre, déplacée à bout de bras, roulée, tirée, portée pour reconstituer le puzzle géant du Baphuon disloqué. Les ouvriers peinent, mais rient beaucoup : les dictons khmers, les anecdotes de circonstances, les mésaventures des uns et des autres sont toujours matière à plaisanterie. Leur sens de la dérision est également admirable : tel cet ouvrier qui possède un coq de combat qu’il dit chérir comme sa propre femme. Pour l’encourager, l’ouvrier promet à son coq toutes les poulettes du village s’il sort vainqueur. Cependant il a aussi baptisé son champion « Nyom Nyao » « soupe acide », façon de manier tant la carotte par ses promesses dérisoires, que le bâton par cette menace prophétique : les cocottes ou la cocotte !

Le rire dédramatise cette réalité : l’homme dépend de son coq pour envoyer ses enfants à l’école et tenter de leur assurer un avenir meilleur que le sien.

A’Koy n’a pas cette chance. Orphelin qui passe ses jours aux côté des ouvriers, il a dû arrêter l’école pour vendre des souvenirs aux touristes. A’Koy rêve de devenir guide, passionné par les histoires narrées sur les bas-reliefs. Amoureux des Apsaras au sourire humble et énigmatique, c’est auprès d’elles qu’il trouve refuge et se laisse aller à la rêverie. Abandonné par ses parents, contraint de vendre des bibelots à la sauvette, il est l’incarnation de la jeunesse cambodgienne, sans racines, et à l’avenir flou. Pourtant, il sourit à la vie, de ce sourire grave, humble qui sied aux Gens d’Angkor.


Autour de ce film : critique de La Terre des âmes errantes, Francophonie d’Asie : Cinéma cambodgien.

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