PODCAST

FICA Vesoul

Recherche :
Vous êtes ici : Thématique » Articles Inalco 2011

Francophonie d’Asie : Cinéma cambodgien, panel et découverte

Programme de courts métrages cambodgiens
par Sarah Richardot

Pendant de nombreuses années, le cinéma cambodgien a été inexistant ou presque... L’univers audiovisuel était peuplé de clip de karaoké et de films d’horreur bon marché. Ce vide était également accentué par l’absence de formation de jeunes.

Les trois programmes de courts métrages présentés à Vesoul cette année démontrent la tendance inverse : ce sont trois programmes présentant des documentaires faits par de jeunes cinéastes en formation.

Le premier programme est issu d’un atelier organisé par le tout nouveau Centre du Film du Cambodge (CFC), organisme monté par le gouvernement à l’initiative de Rithy Panh avec le soutien du CNC français. Durant cet atelier, supervisé par Rithy Panh, les jeunes ont chacun réalisé un court métrage documentaire tout en travaillant à différents postes sur les films des autres, s’initiant aussi bien au montage, qu’à l’image ou au son. Quatre films ont été projetés. Ils présentaient quatre portraits de la société cambodgienne actuelle, quatre âges, quatre métiers et quatre types de difficultés.

Dans A Blurred Way of Life, nous faisons la connaissance de Mot Nak, 14 ans, qui vend des journaux à la sauvette dans Phnom Penh, afin de nourrir sa famille et soigner sa mère atteinte du SIDA.

On découvre ensuite dans A Pedal Man, le cyclopousse, 68 ans, devant encore travailler pour survivre avec sa femme. Il dort dans son cyclo et gagne à peine de quoi manger face à la concurrence des motodop.

Puis, dans My Yesterday Night, vient l’histoire de cette chanteuse de karaoké, qui s’est auparavant prostituée pour pouvoir s’occuper de son fils et qui connaît une deuxième vie en participant à un groupe de rock, mi-cambodgien, mibarang (blanc).

Enfin, avec I can be who I am, le parcours vers la masculinité, de deux transsexuelles, dont l’une est coiffeur et l’autre chantait dans un karaoké avant de travailler avec une ONG pour donner des cours d’éducation sexuelle et de contraceptions aux jeunes (passage non-sous titrés car jugés gênant par la production). Au fil du film on voit leur corps se masculiniser et leur identité et position s’affirmer.

Outre leur format, ces quatre films ont en commun la présentation de la pauvreté et de l’acception du destin chez les sujets (dans le film sur les transsexuelles, elles évoquent souvent leur enfance et leur relation avec leurs parents et les autres par « j’ai toujours été comme ça », « je suis née comme ça »). De l’autre côté de la caméra se trouvent des enfants de bonnes familles qui ont des moyens et qui ne vivent pas du tout les mêmes difficultés. Ces jeunes réalisateurs réussissent le tour de force de s’intéresser (et intéresser le spectateur) sans juger. Ils laissent leurs protagonistes parler sans intervenir. Ils les laissent même interroger une tierce personne contribuant ainsi à renouer le dialogue et la confiance les uns envers les autres.

Le deuxième programme vient de la Meta House, lieu culturel financé en partie par l’Institut Goethe. Ces films sont aussi réalisés par des cinéastes débutants et sont une commande de l’ONG Better Works qui cherche à améliorer les conditions de travail dans les pays en voie de développement. Ce programme présente donc quatre films autour des usines textiles : Un jour à l’usine, Un jour autour des usines, Un jour hors de l’usine et Un week-end avec les patrons. D’abord l’intérieur, puis l’extérieur et son commerce parallèle, puis les ouvrières en congé et enfin le portrait d’une femme cadre dans une usine.

L’aspect « œuvre de commande » se ressent surtout dans les premier et quatrième films où on peut facilement imaginer les conditions et recommandations pour avoir l’autorisation de tourner. L’impression que rien ne sort vraiment du cadre et où tout est beau et propre apporte un certain malaise quand on sait que l’an dernier ont eu lieu d’importantes manifestations et que la répression des syndicats reste très forte.

Le sujet sur la dame cadre a le mérite de nous montrer une femme issu de la bourgeoisie cambodgienne, éduquée, travaillant et élevant ses enfants, tout en faisant les boutiques mais son intérêt ne décolle pas vraiment. Alors que les autres films présentaient plusieurs points de vue, celui-ci n’en comporte qu’un et reste très particulier sans aller plus loin que ce qui est montré (qui sont ces autres femmes cadres au Cambodge aujourd’hui ? Que pensent-elles ? ).

L’aspect très cadré et formel du film d’ouverture et du film de fermeture donne une liberté de ton aux deux autres. Étant leur propre patron, les vendeurs de rues, les propriétaires de chambres, les motodops n’hésitent pas à montrer et décrire les conditions de vie quotidiennes des ouvrières, qui au final, se répercutent aussi sur eux (devoir louer une bâche sur le toit plutôt qu’une chambre en dur, baisse d’achat de babioles ou de nourriture...).

Les scènes de retrouvailles avec la famille nous apportent aussi beaucoup plus sur les raisons qui poussent ces filles à aller travailler dans les usines et sur les conditions de vie difficiles de la campagne. Ces dernières n’étant vraiment compréhensibles qu’avec les scènes d’extérieur.

Le troisième programme présente une série de documentaires du jeune réalisateur Kavich Neang sur le bâtiment blanc.

Dans Dancing in the Building, ce bâtiment, conçu par l’architecte Van Moni Vann, représente un symbole des années 1960 et de la modernisation du Cambodge voulut par le roi Norodom Sihanouk. Vidé pendant la période des Khmers Rouges, il s’est retrouvé habité après la guerre, par des gens qui avaient perdus leur maison ou fuient les combats. Cet immeuble figure dans de nombreux films de Rithy Panh comme un concentré de la société cambodgienne (voir Le Papier ne peut pas envelopper la braise ou Les Artistes du théâtre brûlé).

Après avoir accueilli des familles pauvres, des sans-logis, des prostituées et des dealers, l’immeuble a commencé à recevoir des artistes, peintres, musiciens, danseurs, chanteurs et maintenant des cinéastes. C’est eux que Neang Keavich filme (dans Smot) en train de donner des leçons de danses, de musiques, recevant une apprentie chanteuse de smot (chant funéraire rituel).

Il filme aussi les élèves comme cet homme qui veut devenir danseur et transmettre l’art ou ce jeune garçon (dans A Scale Boy) qui mène trois vies de front (l’école, les leçons de musiques et son petit boulot du soir : peser les promeneurs du soir) tout en étant menacé d’expulsion par la logeuse chez qui sa mère l’a laissé.

Ces trois programmes très intéressants donnent un panel de la société cambodgienne à Phnom Penh et nous montrent les répercussions de la vie et du travail des habitants des villes sur les familles restées à la campagne.


Autour de ce film : Francophonie d’Asie : Cinéma cambodgien.

Photographies extraites des films, tous droits réservés.