PODCAST

FICA Vesoul

Recherche :
Vous êtes ici : Thématique » Articles Inalco 2013

SUR LES ROUTES D’ASIE - Les Deux chevaux de Gengis Khan

Un film de Byambasuren Davaa (Mongolie, 2010, 91 mn)

Par Agata Bielecka

C’est une promesse faite à sa grand–mère qui amène Urna, une musicienne, spécialiste des chants traditionnels de la Mongolie, à partir à travers les villages et les steppes de son pays à la recherche des paroles d’une vieille chanson mongole oubliée.

Elle emporte, enfouie au fond de sa valise, une vieille tête de violon en forme de cheval, ainsi que son manche, seules parties d’un violon mongol que sa grand-mère avait réussi à préserver au cours de la tumultueuse révolution culturelle chinoise. Le désir de reconstruire le corps du violon, seul héritage familial et culturel qui lui reste, et de réinscrire les paroles de la vieille chanson populaire sur son manche pousse Urna à retrouver les traces de ses ancêtres.

Au cours de ce long voyage et des nombreuses rencontres qu’elle fait, nous découvrons un pays divisé et une culture menacée de disparition. Urna confie à un vieux luthier qu’elle rencontre la tâche de reconstruire le violon. L’éleveur de chevaux lui offrira le crin de cheval pour le nouvel archet. Puis nous rencontrons le chaman, ou encore l’ancienne chanteuse du village : autant de personnages clé de la culture orale traditionnelle mongole qui ont assuré au cours des générations la transmission de l’histoire, des traditions et des valeurs des nomades mongols. Une grande partie de ce trésor culturel a été effacée, oubliée au cours des siècles, puis remplacée par la modernité… Le peuple de la Mongolie intérieure, depuis son annexion par la République populaire de Chine, a été confronté à de nombreuses interdictions. Les familles nomades ont été forcées de s’adapter à un mode de vie sédentaire dont la réalité ne correspondait plus aux valeurs et idéaux contenus dans les chants traditionnels.

Le violon à tête de cheval, appelé « Morin Khur », enferme cette partie de l’identité nationale mongole qui subsiste encore dans la Mongolie dite « extérieure ». Sa sonorité douce, rappelant celle du hennissement de chevaux et le son du vent, tous deux parcourant l’infinie étendue des steppes, accompagnent l’éloge de la liberté que véhiculent les chants mongols. Cet instrument en bois à deux cordes a accompagné pendant des siècles chaque famille mongole lors des événements traditionnels de la vie comme le mariage, la naissance d’un enfant, la mort d’un proche. La tête de cheval qui couronne son manche fait référence à cet animal intimement lié au mode de vie nomade.

En Mongolie extérieure, personne ne semble connaître les paroles de la chanson que la grand-mère chantait à Urna lorsqu’elle était enfant. Même les anciens ne se les rappellent plus et Urna, au cours de sa longue quête, semble peu à peu perdre l’espoir d’honorer le souhait de sa grand-mère, cela jusqu’à son arrivée au sommet d’une colline, entourée de roches, où une très vieille femme du village, toute ridée et parcheminée contemple le coucher de soleil sur la plaine des steppes. C’est elle, qui intriguée et séduite par la ténacité et le courage d’Urna, finira par lui révéler les paroles de ce chant.

Les deux chevaux de Gengis Khan est un éloge à la mémoire et à la transmission de la tradition qui, sans cela, sombre dans l’oubli. En suivant l’errance d’Urna à travers la steppe mongole nous plongeons dans un espace-temps enchanté. Nous participons à cette quête spirituelle rendue irrésistible par la beauté de la musique traditionnelle et celle des paysages pittoresques des steppes mongoles. Situé à mi-chemin entre fiction et documentaire, ce film nous emmène à la découverte de l’histoire d’une culture écartelée entre tradition et modernité, entre souvenir et oubli. C’est aussi une invitation au voyage spirituel et à la découverte de la pluralité des mondes qui coexistent sur cette terre que nous habitons.


Autour de ce film : bande-annonce.

Affiche du film. Tous droits réservés.