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REGARD SUR LE CINÉMA INDONÉSIEN

Présentation de la rétrospective

Par Cécile Jeune

Pour sa 19ème édition, le Festival international des cinémas d’Asie de Vesoul a choisi de mettre à l’honneur le cinéma indonésien, mal connu du public européen, et ce avec une programmation de 21 films balayant les 60 dernières années.

Grâce à la cinémathèque indonésienne et à l’aide précieuse de l’attachée audiovisuelle de l’Ambassade de France de Jakarta, le festival a pu projeter un film de 1954 d’Usmar Ismail, un des pionniers du cinéma indonésien, mais également des films de Garin Nugroho (par ailleurs président du jury international de cette édition), de Teguh Karya, Riri Reza, Nan Achnas, Nia Dinata ainsi que de réalisatrices de la toute dernière génération comme Kamila Andini et Sammaria Simanjuntak, toutes deux présentes à Vesoul.















Un petit vendeur passe devant un cinéma en mai 2007 à Jakarta

Le cinéma indonésien est assez lié à l’histoire du pays. L’importation de films étrangers étant interdite sous la présidence de Soekarno (1945-1967), la production nationale s’est rapidement développée. Le régime de Soeharto (1967-1998) renforce cette interdiction, en exerçant une forte motion de censure et en favorisant les films de propagande, ce qui encourage fortement la production nationale. Le cinéma indonésien connaît ainsi son âge d’or à la fin des années 70 et dans les années 80 avec une production atteignant 130 films par an.

Cependant, le public commence à se lasser d’un cinéma répétitif et de qualité décroissante et l’apparition de la télévision participe au déclin. Durant la seconde moitié des années 1990, la production va chuter jusqu’à n’atteindre plus qu’une poignée de films produits par an. Depuis la chute du régime de Soeharto en 1998, l’industrie cinématographique a connu un renouveau pour remonter jusqu’à près de 100 films produits par an.

Si la production a reprise, le cinéma indonésien doit faire face à certains problèmes. Le pays ne compte que 600 salles pour une population de 240 millions d’habitants (à titre de comparaison, la France compte environ 2000 salles pour 65 millions d’habitants) et surtout il ne dispose que d’un distributeur unique, qui privilégie les films commerciaux américains aux productions indépendantes, ce qui désavantage les jeunes réalisateurs, souhaitant faire autre chose que des films commerciaux, et donc ne trouvent pas de producteurs.

Le gouvernement actuel ne facilite pas non plus le développement de la création cinématographique, puisqu’une loi de 2009 exige que tout réalisateur soit diplômé de l’État, or le pays ne dispose que de très peu de formations en cinéma et souvent très chères. Cette même loi a également renforcé la censure effectuée sur les films, qui interdit de montrer des scènes de sexe, de drogue et de beuveries, mais également d’aborder les problèmes religieux et politiques.

La nouvelle génération de réalisateurs qui a souvent étudié à l’étranger apporte beaucoup d’espoir pour ce cinéma en pleine renaissance. Non seulement certains n’hésitent pas à braver les tabous et à parler de sujets tels que l’homosexualité, la prostitution ou la religion, tout en sachant qu’ils ne pourront être diffusés que par des réseaux alternatifs ou dans des festivals étrangers. D’autres, ayant grandi avec les films américains des années 90, se lancent dans la réalisation de films de divertissements. Le succès de certains films tels que The Raid de Gareth Evans en est une belle preuve.

Pour tous ces nouveaux réalisateurs, le cinéma est avant tout une manière de s’exprimer, de partager leurs idées, leur vision, et toute cette nouvelle génération compte bien trouver un moyen de continuer à le faire, tout en s’interrogeant sur la manière de le faire (notamment en envisageant de créer un autre système de distribution, des salles gérées d’une autre manière) et surtout en souhaitant continuer à améliorer la qualité et le contenu des films et non simplement en produisant toujours plus.


Autour de cet article : L’Indonésie à travers son cinéma ; courrier international : plaidoyer-pour-un-cinema-sans-entraves.

Photographie AFP. Tous droits réservés