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REGARD SUR LE CINÉMA INDONÉSIEN - Opera Jawa

Un film de Garin Nugroho (Indonésie, 2006)

Par Nemesis Srour

Réalisateur incontournable sur la scène du cinéma indonésien, ses films ont été sélectionnés dans les plus grands Festivals internationaux. Son film, Feuille sur un oreiller, a ainsi été projeté à Cannes en 1998 pour Un Certain Regard.

Garin Nugroho a commencé à faire des films à un moment où l’Indonésie vivait dans une « autarcie cinématographique » (propos du réalisateur).

Né en 1961, il a grandi sous la présidence de Soekarno (1945-1967) qui interdit d’importer des films étrangers puis sous le régime dictatorial de Soeharto, dont le nouvel arrêt lancé contre l’importation de films étrangers va favoriser une certaine production locale, celle des films de propagande. Nugroho s’amuse ainsi à dire qu’avant de venir à Cannes, il ne connaissait ni Tarantino, ni Almodovar, ni Kiarostami – il n’avait pas connaissance des grands noms du cinéma mondial en raison de l’insularité cinématographique de son pays à l’époque. Alors, loin des sentiers battus, l’auteur nous livre, avec Opera Jawa, une œuvre atypique qui inscrit le cinéma dans la longue tradition des arts performatifs indonésiens.

Garin Nugroho revisite la mythologie hindoue avec l’histoire d’amour de Râm et de Sîta en installant ses personnages dans un environnement contemporain au réalisme poétique, faisant fi des séparations abruptes entre les différentes strates temporelles. « Le passé, le présent et le futur sont intimement liés. Pour moi, ces symboles de la religion, du capitalisme, de la beauté qui cohabitent, expriment le paradoxe de l’Indonésie » déclare le réalisateur. Si l’histoire de ce film est sans grande originalité, basée sur un triangle amoureux classique qui se retrouve au détour de tout film venant de Bollywood (Setio et sa femme Siti gèrent une poterie traditionnelle ; Ludiro, homme riche et despotique de la région, amoureux de Siti depuis toujours, profite d’un voyage de Setio pour tenter de séduire la jeune femme) l’intérêt n’est évidemment pas dans la structure narrative, mais dans la mise en scène.

Dans ce film-performance, les personnages se répondent en chansons (on ne les entendra parler que quelques secondes à peine dans ce film long de deux heures), transposant la prose quotidienne en une élégie poétique. Les danses surgissent du quotidien et s’installent dans le prosaïque pour mieux le sublimer de leurs gestes chorégraphiés, graciles. Le langage cinématographique atteint son apogée par la mise en image de métaphores. Acmé de cette histoire d’amour tragique, la scène où le potier enduit sa femme d’argile sur son métier à poterie. Comme pour créer cet être conformément à ses désirs, à un moment où il sent sa femme virevolter toujours plus loin de lui, aspirée par les vents éphémères du désir et de liberté incarnés par Ludiro. La sculpture se lève et s’éloigne, sonnant le glas d’un amour tragique.


Autour de ce film : Regard sur le cinéma indonésien ; biographie ; bande-annonce.

Image et affiche du film. Tous droits réservés.