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With You Without You

Un film de Prasanna Vithanage (Sri Lanka, 2012, 90 mn)

Par Élodie Guignard

Le film s’ouvre sur un gros plan d’une jeune femme dans l’encadrement d’une fenêtre, puis c’est un homme, de dos, assis à la fenêtre face à un paysage bleuté.

Elle : « J’avais peur de t’aimer »
Lui : « Pourquoi tu m’as fait ça ? »

Sarathsiri, un homme d’une quarantaine d’années, est prêteur sur gages. Il vit et travaille dans sa maison à deux étages, au milieu d’une plantation de thé. Il est taciturne et solitaire, n’a pas de famille et occupe son temps libre en regardant les matchs de catch à la télé. Sa vie va changer lorsque Selvi, une jeune fille d’une vingtaine d’années, entre dans sa boutique pour mettre au clou quelques bijoux.
« Je n’achète que de l’or mais je peux te prêter de l’argent. »

Elle s’en va et revient avec un crucifix, il lui donne plus que sa valeur, transgressant ses propres règles de prêteur sur gages. Peu de mots sont échangés, la caméra filme les regards, à-travers la grille qui sépare les deux personnages.

Lui : « J’ai vu le feu dans tes yeux et tes lèvres. »
Elle : « C’est comme ça que tu m’as vue ? Tu n’as pas vu le feu qui brûlait en moi. »

Les voix intérieures se croisent et se répondent, révélant petit à petit une histoire d’amour complexe et impossible.

Sarathsiri, tombé fou amoureux, cherche alors à découvrir qui elle est. En menant son enquête, il découvre que la jeune fille est tamoule. Elle a grandi au nord du pays et pour qu’elle ait la vie sauve, ses parents l’ont amenée à l’abri dans le centre du pays, chez de vieilles tantes. Celles-ci sont sur le point de la marier à un vieil homme.

Lui : « J’ai cherché à savoir qui tu étais, j’ai su que tu n’avais pas d’avenir. Un vieux veuf voulait t’épouser. »

Sarathsiri demande alors sa main. Il part à moto la chercher, la trouve à l’arrêt de bus. Les bras croisés, le regard fixe, elle ne le regarde pas.

La domestique : « tu devras l’aimer comme une déesse, elle t’aime mais est trop fière pour le dire. »
Elle : « Tu es venu comme un héros, comment pouvais-je t’aimer, toi de la race que nous haïssons ? »

Le mariage se déroule dans l’intimité. Ils n’ont personne, ni lui ni elle. De retour à la maison, Sarathsiri enseigne les bases du métier de prêteur sur gages à sa femme. Il lui dit de faire attention à économiser le moindre centime afin qu’un jour ils puissent acheter une parcelle dans la plantation de thé, son rêve.

Selvi est gaie et légère, elle tente de montrer son affection à son mari qui petit à petit se mure dans le silence. Il semble ne pas la voir, la communication entre eux est de plus en plus difficile. Le jour où ils vont ensemble au cinéma, Selvi, captivée par le film, tente de partager son enthousiasme à Sarathsiri qui rétorque froidement que c’est une perte d’argent. Elle rêve d’aller en Inde, il lui répond, laconique, « on verra ».

Leurs rêves les séparent. Les silences se font de plus en plus lourds entre les deux amoureux qui communiquent de moins en moins. Il regarde la télé, lui tourne le dos. Elle l’enlace, il ne réagit pas.

La lumière bleue, froide, mélancolique souligne le drame qui se noue entre les deux protagonistes. Par la fenêtre ouverte la caméra filme parfois un paysage paisible, la plantation de thé, devant la maison, seule échappatoire possible vers un ailleurs ? Au loin, le chant des oiseaux et le murmure de la vie contraste avec le silence épais du foyer. Silence que seul vient troubler le tic-tac de l’horloge égrenant les minutes, et la rumeur qui s’échappe de la télé quelquefois.

Lui : « Ton amour me faisait peur, je ne parlais plus, je devins silencieux. »

Un jour surgit à l’improviste un personnage du passé de Sarathsiri. Selvi apprend alors que son mari a été soldat dans l’armée sri-lankaise. Sa famille ayant été tuée par des soldats sri-lankais, la jeune fille plonge alors dans un profond désespoir…


Autour du film : Interview pour Flowers in the sky (Fica 2009) ; critique de Soleil d’aout (Fica 2004) ; biographie ; bande-annonce.