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REGARD SUR LE CINÉMA INDONÉSIEN - Demi Ucok

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Un film de Sammaria Simanjuntak (Indonésie, 2012)

Par Nemesis Srour

Sammaria Simanjuntak appartient à la nouvelle génération de réalisateurs indonésiens qui, après la chute du régime de Soeharto en 1998, renouvelle les codes de la production locale.

Dans une table ronde sur « Le cinéma indonésien existe-t-il vraiment ? » animée par Bastian Meiresonne, Nia Dinata, réalisatrice et productrice, présentait son film comme une peinture vivante et réaliste des difficultés auxquelles étaient aujourd’hui confrontés les réalisateurs en Indonésie. Mise en abyme colorée, aux rythmes d’une pop acidulée, Simanjuntak en racontant l’histoire personnelle d’une jeune réalisatrice qui cherche par tous les moyens à réaliser son rêve, narre en même temps l’Histoire contemporaine du cinéma indonésien.

Sans sources de financements étatiques dans un pays où le gouvernement délaisse son patrimoine cinématographique (ainsi seuls 250 des 2800 films réalisés entre 1926 et 2012 sont encore conservés à la Cinémathèque indonésienne, et ce dans des conditions extrêmement précaires puisque la forte présence d’acide acétique dans les Archives du Film mènera tôt ou tard à la destruction totale du stock), Gloria doit bien trouver d’autres moyens de financement ! Elle est prête à tout, sauf à céder au chantage maternel : sa mère lui propose de lui donner de l’argent à condition qu’elle se marie avec un Batak. Elle est prête à écrire des scénarios pour des productions populaires aux recettes de succès bien ficelées, à expérimenter le crowd-funding et même à recourir au réseau d’amis de sa mère pour récolter de l’argent. Bref, elle est prête à tout sauf à se marier. À tout sauf à ressembler à sa mère qui a dû abandonner ses rêves d’actrice pour s’occuper de ses enfants et s’enliser dans une vie monotone. Cette comédie déjantée joue sur les ressorts comiques de la relation mère-fille, fusionnelle et étouffante.

De scènes de disputes en réconciliations, de larmes en rires, le spectateur vit au rythme de cette famille indonésienne haute en couleurs et découvre le clivage générationnel qui peut animer la vision du monde des deux femmes. Alors que pour la mère, le bonheur d’une femme Batak se mesure aux enfants auxquels elle donne naissance ; pour Gloria, c’est à sa capacité à mener sa vie en toute liberté.

Un film ovni finalement dans cette rétrospective, dont a bien conscience la réalisatrice : « Mon film n’est ni assez populaire pour être diffusé dans les salles de cinémas en Indonésie, ni assez « auteuriste » pour faire son chemin dans les Festivals à travers le monde ».
Sauf à Vesoul.


Autour de ce film : interview ; biographie ; L’Indonésie à travers son cinéma ; Présentation de la rétrospective ; bande-annonce.

Image et affiche du film. Tous droits réservés.