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Regard sur le cinéma taiwanais 1956-2008

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par Kate Chaillat

La rétrospective taïwanaise était l’occasion de voir de vieux films sortis des archives cinématographiques de Taïwan par l’œil aiguisé de Wafa Ghermani. Ces films, réalisés par des cinéastes nés en Chine continentale et émigrés à Taïwan dans la fin des années 1940, sont les témoins de diverses époques dans l’histoire du pays et d’un imaginaire propre à sa société.

A Journey to Guan Shan de Wen Yi (1956, 100 mn) est le portrait à la fois critique et plein d’idéal des années 1950 à Taïwan. Un bus de la ville, rempli de voyageurs divers est coincé sur une route de campagne par un rocher tombé sur la route. Ils vont chercher refuge dans un village voisin en attendant que des travailleurs déblaient le chemin. Ainsi, la ville et le monde rural se rencontrent et les espoirs et les ambitions de chacun vont être mis à rude épreuve. Dans les péripéties désordonnées qui s’ensuivent, on assiste aux efforts vains de la vendeuse de billets idéaliste et enthousiaste pour rétablir l’ordre. Elle aura toutefois le dernier mot après la déchéance de certains et la rédemption d’autres. Un film drôle et léger mais loin d’être neutre ; il porte en lui toute une idéologie de la société et du progrès.

Le film au titre prometteur Un Amour ancien qui perdure de Luo Hui-shao (1962, 95 mn) est un mélodrame en noir et blanc, riche en rebondissements plus ou moins prévisibles, qui joue aussi, dix ans après A Journey to Guan Shan, sur le contraste ville et campagne à Taïwan. Un professeur musicien et chanteur se lie d’amour avec une “toddy girl” mais le père de la jolie jeune fille projette de la marier à son riche patron. Les deux amants se marient et ont un enfant malgré tout, mais le destin dresse de nouveaux obstacles sur leur chemin et les sépare. Ce n’est qu’une fois le professeur devenu un chanteur connu en ville que les amants et leur fille sont enfin réunis. Ce scénario semble tiré d’un mélodrame américain ou indien ou encore d’une telenovella sud-américaine, mais on prend plaisir à le revoir joué au sein d’une autre culture avec des séquences de karaoké en dialecte qui ajoute une dimension ludique à ce film d’une autre époque.

Oyster Girl de Lee Hsing (1963, 99 mn) est le dernier film que j’ai vu à Vesoul avant la cérémonie de clôture. Malgré la fatigue après une semaine de salle obscure, j’ai été séduite par cette histoire en scope avec son esthétique de grand film hollywoodien comme Autant en emporte le vent. Encore une histoire d’amour difficile qui n’est pas sans rappeler Un Amour ancien qui perdure avec ses couleurs saturées et des personnages aux vêtements toujours impeccables malgré leur travail ouvrier. Un film coloré qui pour respecter la pudeur passe du regard brûlant des amoureux au point de s’unir au feu qui se consume dans le poêle de fortune. C’est aussi un film qui véhicule un certain idéal de la société taïwanaise qui se voulait alors moderne et démocratique.


Autour de cet article : rencontre avec Wafa Ghermani.

De haut en bas, images extraites des films. Tous droits réservés : A Journey to Guan Shan de Wen Yi (1956, 100 mn)
Un Amour ancien qui perdure de Luo Hui-shao (1962, 95 mn) ; Oyster Girl de Lee Hsing (1963, 99 mn)