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Summer’s End - (La Fin de l’été, Natsu no Owari)

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Un film de Kumakiri Kazuyoshi (Japon, 2013, 114 min)

Par Daravanh Somsavaddy

Tokyo, dans les années 60. Tomoko est la maîtresse de Shingo, un écrivain marié, depuis huit longues années. Tomoko ne lui a jamais demandé de divorcer et, jusqu’à la visite surprise de Ryota l’un de ses anciens amoureux, elle est satisfaite de la vie qu’elle mène. Il y a des années, Tomoko a abandonné son mari et sa fille à cause de Ryota.

La réapparition de celui-ci commence à ébranler les fondations de sa relation avec l’écrivain Shingo. Kumakiri Kazuyoshi a relevé le défi d’adapter le best seller semi-autobiographique de Setuchi Jakucho.


Kumakiri Kazuyoshi est né à Obihiro, dans l’île d’Hokkaido. Il a étudié le cinéma à l’Université des Arts d’Osaka, où son film de fin d’études, Kichiku Daienkai, a eu un succès critique et commercial.


Summer’s End fut d’abord sélectionné en 2013 par le festival du film asiatique de Busan. Kumakiri Kazuoshi signe ici son sixième film, le résultat d’une adaptation d’un roman autobiographique bestseller du même titre (écrit par Setuchi Jakuchi devenue nonne en 1963). Il a notamment reçu le prix coup de cœur du jury Emile Guimet à Vesoul.

Le réalisateur met en scène la vie que mène la jeune artiste Tomoko Aizawa (Hikari Mitsushima), la maîtresse d’un homme marié et bien établi, Shingo (Kaoru Kobayashi), respectable propriétaire d’un bureau d’artisanat spécialisé dans les impressions de « tsutsugaki » (art du pochoir traditionnel appliqué sur les tissus de Kimonos et les papiers décoratifs).

La narration se déroule dans un espace-temps défini et intemporel sur un fond constitué de décors d’intérieurs et d’architecture traditionnels japonais. Les costumes rigoureusement choisis évoquant l’atmosphère du Japon des années cinquante voir soixante. La nostalgie émanant du film par la lumière et la lenteur des scènes fait référence à des films japonais des années cinquante tels que « Nuages flottants » (1955) du réalisateur Naruse Mikio, considéré comme un des cinq maîtres du cinéma national de l’âge d’or classique au même titre que Mizoguchi Kenji, Kurozawa Akira, Uchida Tomu ou encore Ozu Yasujiro.

Tout au long du film, on découvre la vie intime de la jeune Tomoko, artiste en marge des conventions sociales. Le rythme narratif calme et linéaire est rompu par le surgissement de lointains souvenirs, des flashbacks liés au passé tourmenté de la jeune femme.

Avant de devenir artiste et de vivre de l’art du tsutsugaki aux côtés de son amant et protecteur Shingo, elle a dû abandonner son époux et sa petite fille après la rencontre d’un jeune homme, Ryota, plusieurs années avant. Cette séparation marque le point de départ d’une vie de recherche de soi et d’affirmation en tant que femme indépendante et libre. La scène clé de dispute conjugale, sur fond de paysage de campagne fleurie et verdoyante, dans une atmosphère de gaieté et d’insouciance accentue le rejet dramatique et méprisant de l’époux . Après l’annonce de cet amour infidèle et inacceptable pour le jeune Ryota, il l’abandonne sur le chemin et la sépare de sa petite fille. Ce paysage offre une ouverture sur le monde ainsi qu’une touche de vie, de spontanéité, et de modernité.

Les ellipses dans la narration soulignent l’itinéraire d’une femme libre mais détruite qui finit par se reconstruire en tant qu’artiste. Lorsque resurgit son jeune amant d’antan, les questions se posent et jettent Tomoko dans un processus de reconnaissance et d’indépendance encore plus affirmé.

Derrière la rigueur esthétique et formelle du film, le réalisateur nous offre le portrait complexe, attachant et optimiste, d’une jeune femme libre dans une société traditionnelle où la passion et les écarts sentimentaux ne semblent pas avoir de place.

La réapparition de celui-ci commence à ébranler les fondations de sa relation avec l’écrivain Shingo. Kumakiri Kazuyoshi a relevé le défi d’adapter le best seller semi-autobiographique de Setuchi Jakucho.


Autour du film : interview vidéo du réalisateur ; filmographie ; bande-annonce.

Portrait de Kumakiri Kazuyoshi et images du film. Tous droits réservés.