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Quick change

Un film d’Eduardo Roy Jr. (Philippines, 2013, 98 min)

par Élisabeth Luquin et Justine Meignan

Dorina, transsexuelle entre deux âges, travaille dans le commerce illégal de la chirurgie esthétique. Elle incarne la figure de la mère pour son neveu Hero, âgé de huit ans et se conduit comme une femme dévouée avec Uno. Eduardo Roy Jr se penche avec beaucoup de sensibilité sur ces hommes qui ont désiré être autres que ce qu’ils étaient à la naissance et qui n’aspirent qu’à une vie heureuse. Il dénonce avant tout le trafic illégal des cosmétiques, l’héroïne est à la fois coupable et victime de ce commerce sans scrupules qui peut engendrer la mort.


Eduardo Roy Jr est né en 1980 à Manille. Il est diplômé de la New Era University and Philippine School of Interior Design. Son premier film, Baby Factory, a été sélectionné et récompensé dans de nombreux festivals internationaux. Quick Change est son second long métrage de fiction.


Présent à Vesoul pour son film en compétition, Eduardo Roy Jr. a été interviewé par Élisabeth Luquin et Justine Meignan de la section de filipino de l’Inalco.

Quelles études as-tu suivies ?
J’ai obtenu une licence de communication puis je suis devenu auteur de soap opera pour la chaîne ABS-CBN pendant cinq ans. Lassé, je suis entré à l’École philippine du design d’intérieur (PSID) parce que je suis aussi passionné de déco d’intérieur. Mais après cela le cinéma m’appelait toujours, j’ai donc fait un premier film à Cinemalaya , et cela continue toujours.

Pourquoi choisir les transsexuels comme sujet ?
C’est un hasard. Mon premier film se focalise autour de l’hôpital Fabella à Manille où l’accouchement est gratuit. Maintenant en ce qui concerne les « folles », ce n’est qu’un hasard : un jour, un ami m’a invité à participer à la veillée funéraire d’un transsexuel. Tous les participants étaient des travestis, la scène était très belle, très cinématographique. J’ai aussi été intrigué par la photo à côté du cercueil qui était celle d’un homme, d’un jeune homme. Le père, qui n’acceptait pas que son enfant soit un transsexuel, avait voulu se souvenir de lui ainsi. Alors j’ai commencé à faire des recherches. J’ai mené des interviews jusqu’à ce que l’histoire devienne de plus en plus profonde : ce n’était plus seulement sur le transgenre mais aussi la question de que sont-ils vraiment ? Ou comment voient-ils la société et comment la société les voit.

As-tu pensé à faire un documentaire quand tu as fait tes recherches ?
Mon prochain film sera sûrement un documentaire, parce que la plupart des histoires aux Philippines se prêtent bien à être racontées en documentaire. Raconter au moyen du documentaire est plus profond et plus large. Pour le film Quick Change je n’y ai pas pensé. D’abord à cause de notre budget, j’ai pensé que j’aurai plus de difficulté car un documentaire est plus long à réaliser et qu’un film de fiction est plus « photographiquement esthétique » qu’un documentaire. Et aussi parce qu’aux Philippines il y a tous les soirs des documentaires à la télévision. Les films de fiction y sont plus rares.

Est-ce que le film est sorti sur les écrans des centres commerciaux ?
Pas encore, c’est difficile avec ce genre d’histoires. Je ne sais pas si c’est partout pareil mais chez nous si le personnage principal n’est pas joué par un acteur connu, il n’y a pas beaucoup d’entrées. Du coup c’est un risque, en choisissant Dorina, l’art et le business se battent. J’ai préféré choisir la vraie personne, mais si cela sort dans les cinémas commerciaux j’ai peur qu’il n’y ait aucune d’entrée. Aux Philippines s’il y a peu d’entrées le premier jour, le film peut être remplacé par un film d’Hollywood dès le lendemain. Et puis quand un film passe sur les écrans commerciaux, il doit d’abord passer par la censure, il ne restera probablement pas grand-chose de mon film après. Pour les festivals il n’y a pas besoin de passer par là.

Ils couperaient les scènes où l’on voit des organes génitaux ?
Oui ! Si le film sortait coupé, cela n’aurait aucun intérêt. Moi en tant que réalisateur, je préfère ne pas le faire sortir aux Philippines plutôt que de couper mon film et le montrer dans des pays qui sont ouverts à ce type de sujets.


Autour de ce film : Interview vidéo du réalisateur ; bande-annonce ; panorama du cinéma philippin.

Portrait de Eduardo Roy Jr et affiche du film. Tous droits réservés.