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Concrete clouds (Dao fu yang liu bai li)

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Un film de Lee Chatametikool (Thailande, 2013, 99 min)

Par Philippe Desvalois

En 1997, Mutt qui travaille comme trader à New-York doit soudainement revenir à Bangkok après le suicide de son père. Après les obsèques, il décide de retrouver Sai son ex petite amie du temps du lycée. Son jeune frère Nic est amoureux de Poupee qui vit dans un petit appartement près de leur maison. Alors que la crise économique menace la ville, les relations des deux couples évoluent de façon incertaine.

Comme ils naviguent entre le passé et le présent, le rêve et la réalité, ils s’évadent dans un mélange de chants d’amour, de musique et de souvenirs. Leurs relations vont-elles tenir ainsi dans un monde aux dures réalités ?


Lee Chatametikool a étudié le cinéma aux États-Unis. Son premier court métrage Miami Strips, Hollywood Dreams a été primé au festival du court métrage de Bangkok. Il a fondé sa société de postproduction en 2002. Concrete Clouds est son premier long métrage de fiction.


Reparti bredouille de Vesoul, le film Concrete Clouds (Dao fu yang liu bai li) était pourtant le plus original de la sélection en compétition, dans sa forme déjà, mais également dans son propos. Débutant sur une scène choc (un homme d’affaire se jette du haut d’un immeuble), l’histoire présente une actualité forte de la mondialisation, la crise de la fin des années 1990 en Asie. Une crise économique qui a touché de très nombreux investisseurs, dont le père des deux personnages principaux.

Trader à New York, le frère aîné rentre à Bangkok après que le père se soit suicidé suite à la crise. Il doit éclaircir la situation financière de l’entreprise paternelle et s’occuper de son jeune frère. Les deux frères s’aimaient d’un amour très fort mais cette nouvelle crise familiale ne va-t-elle pas en développer d’autres ? Chacun vit parallèlement une relation amoureuse compliquée faite de désirs impérieux et de rejets mêlés de dégoût.

Lee Chatametikool est monteur de formation. Il a étudié aux États-Unis puis est revenu à Bangkok où ses brillantes compétences de monteur ont été utilisées notamment par Apichatpong Weerasethakul dès son premier film Blissfully Yours. Rappelons que ce dernier est multi-lauréat du Festival de Cannes : Prix Un Certain Regard en 2002 pour Blissfully Yours, Prix du Jury pour Tropical Malady en 2004, Palme d’or 2010 pour Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures. Leur collaboration a valu à Lee Chatametikool le Prix du meilleur monteur pour Syndromes and a Century (2006).

Ces qualités se retrouvent dans le premier film du réalisateur. Deux périodes, à dix ans d’intervalle, sont entrelacées de manière extrêmement flexible (mais pas toujours fluide, ce qui a perdu une partie des spectateurs). Le film se concentre sur les deux frères à Bangkok en 1997. Mais, une décennie plus tôt, leurs douces années d’enfance et d’école sont tout aussi importantes pour le déroulement de l’histoire. Le cinéaste évoque l’ambiance du milieu des années 1980 par la reconstitution savamment orchestrée des émissions de la télévision et des vidéo-clips de l’époque. Avec ses acteurs principaux, il recrée les rôles des soaps pour montrer l’ambiance festive et insouciante de l’enfance du cadet et l’adolescence de l’ainé. Un clin d’oeil aux frères Coen de The Big Lebovski (1998) ?

Ce premier film, au montage inhabituel et complexe ne peut probablement pas être décrit comme autobiographique, mais Lee Chatametikool reconnait que ses expériences personnelles sont présentes dans le scénario. Tout comme son protagoniste, il a vécu entre deux cultures : l’Amérique et la Thaïlande. « Quand je suis revenu à Bangkok en décembre 1997 au milieu de la crise financière, la première chose que j’ai remarquée était que la poussière s’était installée. Pour la première fois je pouvais me rappeler que les rues étaient propres et vides. Des squelettes de buildings en construction jalonnaient les rues. Ils se dressaient comme des monuments à la gloire du brillant boom économique. Je voulais faire un film sur ces monuments ».


Autour du film : interview vidéo du réalisateur ; bande-annonce.

Portrait de Lee Chatametikool et affiche du film. Tous droits réservés.