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Nobody’s home (Koksuz)

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Un film de Deniz Akçay (Turquie, 2013, 81 min)

Par Philippe Desvalois.

Après la mort de son mari, Nurcan vit avec sa fille ainée Feride et ses deux plus jeunes enfants, Ilker et Özge. Petit à petit, sous la pression de sa mère, Feride devient le nouveau chef de famille et les responsabilités pèsent sur ses épaules.

Ilker, fidèle à la mémoire de son père, ne supporte pas d’obéir à sa sœur et se sent enfermé au sein de sa famille. Özge ne sait comment manifester son amour à sa mère, enfermée dans la douleur, et qui n’est plus capable de s’intéresser à ceux qui l’entourent.


Deniz Akçay est née en 1981 à Izmir. Alors qu’elle était encore étudiante à la Ege University, elle rejoint l’équipe de scénaristes de la série TV Ayrilsak da beraberiz. Elle suit des cours de réalisation et de montage à la New York Film Academy. Scénariste pour la télévision depuis2006, elle écrit et réalise son premier film de fiction en 2013.


Dernier film présenté en compétition au FICA 2014, le magnifique Koksuz (littéralement « sans racine »), premier long métrage de la scénariste Deniz Akçay. Née en 1981, diplômée de l’université d’Izmir (Ege Üniversitesi) en communication, radio, télévision et cinéma, elle a débuté sa carrière de scénariste dans l’équipe de la série télévisée Ayrilsak da beraberiz alors qu’elle était encore étudiante. Cette série a été diffusée de 1999 à 2004 soit cinq saisons et quatre-cent-cinquante épisodes. C’est la plus longue série de l’histoire de la télévision turque. Elle conte les affres d’un couple de divorcés qui ne veulent, ni l’un ni l’autre, quitter la maison qu’ils ont achetée en commun. S’en suit la séparation de l’habitat en deux parties distinctes et les conséquences tragi-comiques relatives à cette ligne de frontière.

Dans Nobody’ Home, pas de ligne de frontière. La famille n’a plus aucune limite après le décès du père, le noyau qui les reliaient tous. Face à cette perte, la famille en pleine autodestruction se délite. Nurcan, la mère, sombre dans une dépression qui la renferme sur elle-même. Cet enfermement laisse le champ libre au fils de dix-sept ans, Ilker, qui ne supporte plus aucune autorité, qu’elle soit familiale ou scolaire. Il se perd dans les rues d’Izmir (parfois en entrainant sa petite sœur qui attend souvent vainement qu’on s’occupe d’elle) ou dans les bras de la mère de son meilleur ami (relation non absente de violence sourde, l’adolescent imaginant certainement que les hommes doivent se comporter de cette manière avec les femmes).

Feride, la fille aînée, se retrouve prise en étau entre sa mère en perdition et son frère violent. Elle trouve appui auprès d’un collègue de travail qui va devenir son seul espoir d’évasion de la maison. Mais il est également synonyme d’un autre enfermement, celui du mariage sans amour. La petite dernière, Özge, toute jeune enfant qu’on espérerait protégée au milieu de ce chaos, est en fait laissée à elle-même par chacun des membres de cette non-famille. Elle tente de montrer son amour à sa mère en lui faisant cadeau de babioles diverses que cette dernière n’ouvre parfois même pas.

Deniz Akçay a écrit un scénario extrêmement fort pour son premier film et elle parvient parfaitement à le mettre en scène et en image avec son chef opérateur Ahmet Bayer et son monteur Ruşen Dağhan. Il est parfois difficile de suivre les joutes verbales des protagonistes mais l’ensemble des acteurs jouent à la perfection la perdition de cette famille orpheline. À noter que les rôles de la mère Nurcan et du fils Ilker sont joués par Lale Başar et Savaş Alp Başar, mère et fils dans la vraie vie !

Portrait très peu consensuel d’une famille turque, le film oriente le positionnement traditionnel des rôles de chacun vers une absence de solution. à la fin du film, les personnages semblent avancer vers une rémission plutôt qu’une véritable guérison : le fils revient mais à la maison sans envie, la fille ainée se marie sans amour, la mère prend des médicaments sans espoir.

Portrait d’une société turque prise entre le poids de la tradition, celui de la religion et la tentation de modernité à l’occidentale qui pointe dans les grandes villes ? Deniz Akçay nous laisse quantité de questions que le jury international de Vesoul et le jury lycéen ont récompensées en offrant leurs grands Prix à Nobody’s Home, véritable réussite d’une si jeune cinéaste.


Autour du film : interview vidéo de la réalisatrice ; filmographie ; bande-annonce.

Portrait de Deniz Akçay et images du film. Tous droits réservés.