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Cinéma philippin - Maynila, sa mga kuko ng liwanag (Manille, dans les griffes des néons)

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Par Elisabeth Luquin et Justine Meignan.

Parmi les diverses questions que nous avions préparées pour nos invités philippins, est revenue à chaque fois : Quel est votre film philippin préféré ? À l’unanimité, la réponse a été Maynila, sa mga kuko ng liwanag ou Manille, dans les griffes des néons en français– littéralement les griffes de la lumière - de Lino Brocka.


« Ce film est important parce que dans les années soixante-dix il a ouvert la voie à plus de réalisateurs philippins, et a permis à leurs films d’être connus dans le monde et ainsi de parler de la dictature de Marcos à l’étranger. Il a donc ouvert les yeux du public étranger sur tout ce qui se passait de pas très beau sous la dictature des Marcos » nous confie Rolando Tolentino, doyen du Collège communication de masse et Faculté de cinéma de l’université des Philippines.

Réalisé en 1975, le film sort en France en 1982 alors que Lino Brocka est déjà connu pour Jaguar, Insiang et Bona qui ont été projetés à Cannes de 1979 à 1981. Il est rapidement reconnu comme un de ses meilleurs films et, comme le dit notre invité, son importance réside surtout dans le choc cinématographique qu’il a provoqué pour toute la génération de réalisateurs qui a suivi . À l’image de son successeur Brillante Mendoza aujourd’hui, Lino Brocka est à l’époque le porte-parole des artistes philippins à l’étranger, « la pointe de l’iceberg » titre d’un entretien avec lui dans les Cahiers du cinéma en 1981.

Maynila raconte la plongée de Julio Malaga, pêcheur naïf et innocent venu d’une région vierge et idyllique, dans les ténèbres de cette ville frénétique et impitoyable qu’est Manille. Il est à la recherche de Ligaya Paraiso, sa fiancée qui, après avoir été prostituée de force est faite captive par un riche chinois. Les critiques voient dans le parcours initiatique du héros et la peinture sociale de la ville, une influence de Bresson, de Fassbinder ou de Scorcese. « Cinéaste de la métaphore » écrit à l’époque Serge Toubiana dans les Cahiers du cinéma. Et il est vrai que la très forte symbolique du film est remarquable.

Bien que Ligaya Paraiso signifie littéralement « Joie Paradis », il y a dans le film, tout une imagerie autour du paradis perdu. Dans un jeu de flashbacks dignes des plus belles cartes postales, la région natale du couple prisonnier surgit régulièrement sous les traits d’une plage sous un coucher de soleil rouge, en opposition avec le gris de Manille. Manille justement, est dépeinte comme une descente aux enfers, composée de bidonvilles qui finissent en cendres, de chantiers meurtriers au bruit incessant et infernal des immenses machines qui broient la pierre, de bordels et de misère humaine.

Si Julio semble traverser les épreuves de cette vie citadine avec la même innocence et naïveté qu’au début, la ville aura raison de notre héros, envahi par la colère, la vengeance et le désespoir... Nous avons eu la chance de découvrir le film dans sa version tout récemment restaurée par la World Cinema Foundation de Martin Scorcese. Espérons que grâce à cette restauration, une édition DVD pourra suivre, permettant à tous de découvrir ce chef d’œuvre oublié du cinéma !


Lino Brocka est un réalisateur engagé qui tente, grâce au cinéma, d’éduquer son public, bien que les films qui atteignent la France, ses films plus personnels en fait, sont en général boudés aux Philippines. Là-bas, le public préfère déjà les films de genre (comédie, films de combat, etc.) ou hollywoodiens.


Autour de ce film : panorama du cinéma philippin ; bande-annonce.

Portrait de Lino Brocka et image du film. Tous droits réservés.