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Cinéma philippin - Le Maindie, un genre à part entière

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Par Elisabeth Luquin et Justine Meignan

Contraction du terme mainstream (cinéma commercial) et indie (cinéma indépendant, d’auteur), il résulte d’une co-production entre sociétés indépendantes et sociétés commerciales. Soit un compromis entre divertissement, accessibilité, acteurs superstars d’un côté et exigence du scénario, acteurs peu connus ou de théâtre, et intelligence du propos de l’autre.


Dans les années 80, lorsque Lino Brocka était interviewé, revenait à chaque fois un sujet central : la nécessité de réaliser des films commerciaux pour gagner de quoi lui permettre de réaliser ses films plus personnels. Les premiers étaient destinés au public philippin alors que les films plus personnels étaient montrés dans des festivals internationaux comme Cannes. « Il me semble que c’est comme à Hollywood, les réalisateurs font des films commerciaux, puis ils essayent de faire des bons films pour équilibrer. Mais je ne crois pas qu’il y ait un seul réalisateur qui ne fasse que des films sérieux, il ne survivrait pas ! Il faut plaire au public. » racontait Lino Brocka en 1981.

Aujourd’hui le paysage a encore changé et le fossé entre ces deux genres s’est encore creusé. Bien qu’il y ait de plus en plus de films indépendants produits aux Philippines, le public national reste tout aussi dérisoire pour ce genre de production : « Le problème avec les films indépendants aux Philippines – même si ils sont assez nombreux - est qu’ils ne font pas d’argent. La plupart ne sortent pas sur les écrans comme ici au Majestic (de Vesoul). Sur soixante films qui viennent du cinéma indépendant, il n’y en a qu’un ou deux qui sortent dans les cinémas. En ce qui concerne les films de studios ou mainstream (commerciaux) il y en a vingt-cinq à trente chaque année mais ce sont eux qui font du profit au box-office et les entrées dans les complexes de cinéma. Bien que les films indépendants soient soixante – comparés à trente pour les films de studios - ils ne font pas vraiment recettes, et ils sont visionnés à Vesoul ou dans d’autres festivals ou encore dans des petits lieux comme au Film Center de UP ou au Centre culturel des Philippines (CCP). » nous explique Rolando Tolentino.


À Vesoul, lors de la projection du film Here comes the bride de Chris Martinez, sa productrice Joji Alonso introduit le film comme le fruit d’un nouveau modèle économique, presque genre à part entière : le cinéma Maindie.


Comment ce mélange des genres est possible ? Joji Alonso nous éclaire sur ce nouveau terme :

« Avant quand on disait “films indépendants” les gens pensaient tout de suite à des films gay ou “soft-porno”. Puis pendant un moment on a vu dans le terme indie des films dans lesquels (...) rien ne se passe, c’est très lent, le sens du film est très profond, les gens ne comprennent pas quel est le message. Du côté du cinéma commercial, il y a aussi beaucoup de personnes qui en ont assez de la forme répétitive : un garçon rencontre une fille, une fille rencontre un garçon, ils se disputent, se séparent et se remettent ensemble. Fin du film. Fin heureuse. C’est toujours la même chose. (...) Maintenant le problème du côté des films indépendants, est que parfois, c’est vrai, le sens du film est vraiment trop profond, trop grave et les spectateurs lambda ne comprennent pas, comme les habitants des bidonvilles qui cherchent seulement à se divertir. Donc pour équilibrer cela, il faut faire un film qui a une histoire avec un message et en même temps qui pourra être accessible à ces spectateurs. (...) Et dans ce processus les acteurs connus peuvent beaucoup aider en tournant dans des films indépendants, parce que ce sont eux qui doivent montrer qu’il y a quelque chose à attendre de ces films. Habituellement, dans les films indépendants les acteurs ne sont pas connus, ce sont des acteurs de théâtre, qui sont payés en gâteaux apéritifs (skyflakes) – c’est une mauvaise plaisanterie répandue pour dire qu’ils sont très peu payés. C’est pourquoi on a cherché une formule qui puisse mélanger ou combiner la profondeur du message d’un film, la capacité à divertir et l’accessibilité. Voilà ce qu’est le maindie. »


Le film maindie du moment est le très étonnant Ang babae sa septic tank (La Femme dans la fosse septique) de Marlon Rivera. Nous vous laissons la surprise de le découvrir :

Ang babae sa septic tank


Autour de cet article : panorama du cinéma philippin.

Image du film "Here comes the bride", extrait et affiche du film "Ang babae sa septic tank". Tous droits réservés.