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Francophonie d’Asie : le vietnam - Bi, n’aie pas peur ! (Bi, Dung so !)

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Un film de Phan Dang Di (Vietnam, 2009, 92 min)

Par Elodie Guignard et Philippe Desvalois

Bi, Dung so ! Bi, n’aie pas peur ! est le premier long métrage du jeune réalisateur vietnamien, Phan Dang Di, 33 ans lors de la réalisation (également scénariste de Vertiges, du réalisateur Bui Thac Chuyen).

Ce film, présenté à Cannes en 2010 a été vu comme une drôle de surprise à l’époque. En effet, aucun film vietnamien n’y avait été présenté depuis plus de quinze ans avec, en 1993, L’Odeur de la papaye verte de Tran Anh Hung (production franco-vietnamienne), qui avait remporté la Caméra d’or et un César du meilleur premier film l’année suivante. Primé à Cannes à la Semaine de la critique, Bi, n’aie pas peur ! a été sélectionné dans plus d’une cinquantaine de festivals et obtenu de nombreux prix à travers le monde. Petite particularité, le film est totalement indépendant (il a été tourné en dehors des studios d’Etat).


Bi est un petit garçon de six ans qui vit avec ses parents et sa tante dans une maison du vieux Hanoi, tout près d’une usine de pain de glace, qui lui sert de terrain de jeux. Le grand-père de Bi, malade, revient après des années d’absence au moment de la saison des pluies. Magnifiquement cinégénique, cette météo chancelante prend le spectateur dans sa moiteur et sa beauté grise. Dans la grande maison, des femmes esseulées, trois générations d’hommes, un vieillard malade au passé mystérieux, un fils qui se noie dans l’alcool et fuit son père, un petit garçon qui observe le monde des grands, se balade dans la maison et dans les environs et tente de tisser de nouveaux liens avec ce grand-père inconnu. On le découvre au début du film dans le décor étrange d’une usine qui fabrique d’énormes pains de glace. Images saisissantes de sensualité, où les peaux, les chairs et leurs divers prurits sont apaisés par cette glace analeptique.

C’est un film de désirs inavoués et frustrés, un film ou les corps languissent dans la moiteur palpable de la saison des pluies. Dans la maison, les ventilateurs tournent, sans atténuer la chaleur écrasante et les passions troublantes des différents personnages. Les corps ruissellent dans une sensualité moite.

Le mélange envoutant des lumières orange et verte des néons illustre à merveille les passions inassouvies des personnages : le père boit et se réfugie dans le salon d’une masseuse qu’il désire ; dans la pénombre de la chambre, sa femme tente de raviver le désir de son couple qui court à sa perte ; la tante, cachée dans les hautes herbes, épie en cachette un groupe de jeunes footballers... Au milieu des adultes et de leurs désirs, Bi se promène dans son monde d’enfant. Il observe la nature, ramasse des trésors de feuillages et réussit tant bien que mal à se rapprocher de son grand-père dans une belle complicité.

Mais Bi, n’aie pas peur ! est aussi et surtout un film sur les femmes vietnamiennes. Les actrices sont magnifiques, les corps se dévoilent en même temps que la pluie ruisselle de toute part. Le réalisateur montre cette sensualité que l’Occident fantasme tant comme une naturelle maternité et féminité. Ainsi, la femme est non seulement accompagnatrice mais aussi, et surtout, protectrice à tout âge de la vie de l’homme (de l’enfant, de l’homme alcoolique, du vieillard sénile). Bi, n’aie pas peur ! est un de ces films qui, à travers la vie nucléaire de la famille, montre beaucoup de la société qu’il décrit. Un film sensuel certes mais surtout politique !


Autour de ce film : interview (V.O.) du réalisateur Phan Dang Di ; bande-annonce ; interview (V.O.) de Dang Nhat Minh, réalisateur de "La saison des goyaves".

Image et affiche du film. Tous droits réservés