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La carte blanche de nos 20 ans - Mardi Roh (Les murmures d’un ruisseau sur la neige qui fond)

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Un film de Davlatnazar Khoudonazarov (URSS, 1982, 87mn)

Par Sabine Breuillard

Mardi Roh (Les murmures d’un ruisseau sur la neige qui fond), film tadjik, de 1982, n’avait jamais encore été présenté à Vesoul. Cette année, il fait partie d’un choix très personnel de 20 films par l’équipe du FICA .

Que nous murmure ce ruisseau dans la neige qui fond ? L’histoire d’une vie, celle d’un berger tadjik. Les plans du passé et du présent alternent, interfèrent se fondent les uns dans les autres, nous dressant une fresque à la fois historique et personnelle. Comme la neige qui fond s’écoule dans le ruisseau, le passé fond et coule dans le présent, puis revient sous forme de grumeaux solides, comme un passé persistant : celui de la grande guerre où l’URSS, dont faisait alors partie le Tadjikistan, s’était engagée contre l’envahisseur allemand.

Le vieux berger Chodi Makhmadaliev monte dans les alpages du Pamir près de la fontaine sacrée, là où, autrefois, il avait rencontré pour la première fois sa femme. Il se souvient de ses combats, de ses camarades de guerre. Les plans sur une guerre violente, impitoyable et meurtrière se succèdent, notamment la confrontation avec les soldats allemands. Et tout en montant dans la montagne, telle prairie ou telle grange lui rappelle des scènes de fenaison d’autrefois. Face à telle clairière, ou tel pont il se remémore sa vie au front, les fusillades, les échanges de tirs où il était question de vie ou de mort, tandis que le ruisseau coulait, comme il coule aujourd’hui. Toutes ces images se superposent avec celle de sa femme, qu’il n’a pas revue après la guerre, et celle de leurs deux fils.

Davlat Khoudonazarov, le metteur en scène, est réputé pour la qualité poétique de sa vision de la réalité sociale. Il parvient à travers les murmures d’un ruisseau à nous donner non seulement ce flashback sur le Tadjikistan pendant la Seconde Guerre mondiale (qui ne fut pas la seule république soviétique à être mobilisée, toute l’Asie centrale et l’ensemble des peuples de l’URSS prirent part au conflit. Combien de vieux vétérans achèvent encore leurs jours dans les villages du Pamir et du Turkestan russe… ?), mais aussi, et c’est là toute sa force, il nous donne, en alternant les plans et les époques, un aperçu de la situation actuelle du Tadjikistan. Et cela en opposant les deux fils de Chodi Makhmadaliev, l’un médecin respecté qui a réussi, l’autre qui a mal tourné, impliqué dans des trafics de drogue, mais que le père décidera d’aider. Ainsi la vie au Tadjikistan d’aujourd’hui, pays frontalier de l’Afghanistan, dont on aurait pu penser qu’elle aurait été plus facile après la guerre, est tracée ici en filigrane dans toute son âpreté.

Le film, qui avait commencé par un dépôt de gerbes sur la tombe du soldat inconnu à Dushanbe, s’achève à Moscou, un jour de commémoration du 9 mai 1945, où le vieux berger est venu retrouver quelques-uns de ses derniers compagnons d’armes survivants. Un film émouvant, tout en nuances, où l’histoire individuelle est mêlée, tel un murmure, à la grande Histoire, avec un magnifique portrait d’un homme plein de noblesse et de générosité.


Davlatnazar Khoudonazarov est né en 1944 à Khorog. Dès 1958, il travaille à Tadjikfilm comme assistant cameraman. Il suit ensuite au VGIK de Moscou des cours de prise de vue et tourne des documentaires, tout en travaillant comme cameraman sur de grands films tadjiks. En 1989, il devient député au congrès de l’URSS. Il a été également premier secrétaire de l’Union des cinéastes.

Portrait de Davlatnazar Khoudonazarov et image du film. Tous droits réservés.