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Centenaire du cinéma indien (2013) - Paar (La Traversée)

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Un film de Goutam Ghose (Inde, 1984, 141 min)

Par Chandrasekhar Chatterjee

Réalisé d’après le roman bengali de Samaresh Basu, Paar expose d’une part le féodalisme et l’exploitation des intouchables dans le milieu rural de l’état du Bihar au nord-est de l’Inde et retrace, d’autre part, la lutte pour la survie de Naurangia, paysan journalier pauvre et son épouse enceinte Rama, tous les deux issus de la communauté intouchable de Bihar et débarquant dans la mégalopole de Calcutta.


L’histoire de PAAR

Face à l’abus exercé et imposé par un propriétaire terrien (interprété par Utpal Dutt) qui appartient à une haute caste, les paysans exploités du village bihari sont encouragés à se défendre par un enseignant progressiste de l’école locale surnommé Masterji (rôle joué par Anil Chatterji). Ces journaliers misérables en colère rompent avec la tradition d’opposition passive et de soumission absolue. Alors, tout en protestant contre le cercle vicieux de l’injustice, certains dont Naurangia, vont même jusqu’à se révolter après le décès de Masterji qui a été tué lors d’un accident provoqué par un homme de main du propriétaire terrien. Avec quatre comparses, Naurangia commet un meurtre sur le mode de la revanche. La violence déferle parmi la communauté d’intouchables et contraint Naurangia et sa femme à s’enfuir de leur village afin d’y échapper. Nous assistons alors l’impuissance et le désespoir interminable de ce couple, arrivé en banlieue de Calcutta, à la recherche d’une vie meilleure. Totalement démoralisés, sans pouvoir dénicher aucun travail, ils décident de finalement retourner dans leur village natal et Naurangia se met à chercher désespérément un moyen pour gagner l’argent nécessaire pour acheter les billets de train de leur retour.

C’est à ce moment-là que l’on va lui proposer une tâche absurde et ardue – celle de conduire un troupeau de porcs sur l’autre rive du fleuve Hooghly, à la nage, car les bateaux refusent de transporter ces animaux considérés comme impurs et les expédier par la route coûterait trop cher. Poussé par la tentation de gagner quelques dizaines de roupies, somme indispensable pour retourner au village, Naurangia accepte cette proposition quasiment irréalisable et se met aussitôt en besogne avec l’aide de Rama, en dépit de sa grossesse et de ses craintes de faire une fausse couche. Le couple, totalement exténué, échappant à la mort par noyade de justesse, réussit tout de même à atteindre laborieusement l’autre rive avec le troupeau de porcs.

L’épisode de la traversée audacieuse du large fleuve résume parfaitement la lutte interminable pour la survie, les contretemps subis et les poids endurés par les intouchables dans la société traditionnelle indienne. Avec ce film symbolique, le célèbre réalisateur bengali Goutam Ghose a confirmé une fois de plus son engagement pour les causes sociales. Certes, le narratif non-linéaire du début du film risque de désorienter quelques peu les spectateurs mais les thèmes évoqués ont été dépeints avec pertinence grâce aux performances remarquables des acteurs, notamment les jeunes Naseeruddin Shah et Shabana Azmi (tous deux se sont vus attribuer les prix nationaux pour le meilleur acteur et la meilleure actrice en 1984).

La première moitié du film dresse la problématique de la guerre des castes dans un contexte de conflit social et la seconde moitié dépeint avec une intensité extrême, le périple plus personnel du couple, exposant au spectateur à la fois sa souffrance et sa détermination. Le point culminant du film est sans aucun doute, l’image du couple sans-abri, démuni, affamé et désespéré essayant de rester à flot, tout en dirigeant les porcs à travers le large fleuve. Goutam Ghose est brillamment parvenu à montrer la persévérance de ce couple dont la survie est devenue le seul objectif.

Toutefois, le film se termine avec une note d’espoir. Rama, mettant la main sur son ventre, commence à déplorer la mort de son enfant suite à l’effort accablant réclamé par son mari avec le défi de la traversée du fleuve. C’est alors que Naurangia colle son oreille sur le ventre de son épouse et découvre avec joie qu’il peut entendre le son du bébé.


Né à Calcutta en 1950, Goutam Ghose s’est d’abord consacré au photojournalisme et au théâtre engagé. Il a réalisé 13 longs métrages et plus de 30 documentaires et courts métrages depuis 1973, remportant de nombreux prix. Présent à Vesoul en 2013 en tant que membre du jury international, son film Paar (La traversée, 1984), a été projeté pour l’occasion.


Autour de ce film : interview du réalisateur ; biographie ; Paar sur IMDb.

Portrait de Goutam Ghose et image du film. Tous droits réservés.