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Haru’s Journey (Haru tono tabi)

Un film de Masahiro Kobayashi (Japon, 2010, 134 mn)
par Philippe Desvalois

Masahiro Kobayashi n’est pas un inconnu à Vesoul. Il y a même laissé d’étranges et de séduisants souvenirs à chacun de ses passages. En 2008, alors président du jury international, il apprend le décès de son père et doit rentrer d’urgence au Japon. Cette année, il a fait suivre la projection de son film par un concert impromptu de chansons de rupture amoureuse, un 14 février, jour de Saint Valentin... !

Le parcours de Masahiro Kobayashi est des plus surprenants. Après avoir été chanteur folk dans les années 1970, il devient scénariste puis passe à la réalisation pour Closing time en 1996. Farouchement indépendant, il crée sa propre entité Monkey Town Productions pour le montage de ses projets. Habitué des festivals (quatre de ses films ont été notamment sélectionnés à Cannes), il a remporté le Léopard d’Or à Locarno en 2007 avec l’impressionnant Pressentiment d’amour (traduction du titre original Ai No Yokan, mal traduit en anglais avec The Rebirth) sur un thème proche de son controversé Bashing (2005) : le rejet des êtres après des événements tragiques (le retour d’une humanitaire, otage en Irak pour Bashing ; le pardon d’un père après le meurtre de sa fille pour Pressentiment d’amour).

Sujet très fort encore cette année avec Haru’s Journey (Haru tono tabi), qui narre, sous la forme d’un road movie familial, le départ du village à la ville d’Haru, jeune fille affublée de son grand-père boiteux, Tadao. Vivant dans un village de pêcheurs isolé, Tadao, retraité et blessé, élève seul sa petite fille depuis le suicide de sa fille unique. Ayant perdu son travail, Haru décide de partir à la ville. Avec Tadao qui la suit à contre-cœur, elle se met en quête de trouver un autre membre de la famille pour s’occuper de son grand-père. C’est alors un long chemin vers le passé pour Tadao qui rend visite à chacun de ses frère et sœur, avec lesquels il entretient des rapports conflictuels et la recherche d’un avenir plus lumineux pour Haru.

Si le procédé cinématographique ne vise pas cette fois l’originalité comme dans Pressentiment d’amour (il tend plutôt vers les road movies du Wim Wenders des années 1970), il se rapproche de Une histoire vraie de David Lynch (1999). En effet, les deux films traitent de la réconciliation familiale entre frères et sœurs âgés mais n’ayant toujours pas accédés à cette sagesse qu’offre le pardon. Haru est ici témoin des tensions entre les membres de la fratrie de son grand-père. Elle apprend la vie et le pardon comme une forme de rédemption malgré son jeune âge et peut ainsi prendre un nouveau départ dans la vie.

Ce qui marque dans le film de Masahiro Kobayashi, c’est le jeu des acteurs. Le duo formé par Haru (la jeune Eri Tokunaga) et Tadao (le célèbre vétéran Tatsuya Nakadai) est totalement complémentaire dans son jeu. Le metteur en scène leur a commandé une démarche des plus improbables à chacun (le grand-père est blessé et la petite-fille marche les jambes écartées), démarche qui les place en déséquilibre avec la vie, les gens, les événements. Et c’est là que le film parvient à nous toucher. Ses personnages étant toujours en lutte contre quelque chose, ils peinent à trouver un endroit où se poser, un havre de paix pour finir sa vie ou la démarrer. Un miroir de la vie pour le spectateur en quelque sorte…


Autour du film : interview du réalisateur ; biographie ; bande-annonce.

Affiches du film et portrait de M. Kobayashi. Tous droits réservés.