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Wang Liang’s Ideal (Wang Liang de li xiang)

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Un film de Gao Xiongjie (Chine, 2010, 119 mn)
par Stefano Centini

Cet “idéal” du titre est celui du jeune Wang Liang, boucher dans une petite ville de province chinoise, qui rêve de vivre en paix avec la jeune femme qu’il vient d’épouser.

L’harmonie de leur mariage se base sur un compromis qui nourrit les remarques du collègue de Wang Liang et des autres villageois : Wang Liang a promis à sa femme de ne pas coucher avec elle avant ses examens d’entrée à l’université. Ayant échoué par deux fois et craignant qu’une grossesse puisse jouer sur ses résultats et ses études, elle oblige Wang Liang à dormir sur le sol. Voilà pourquoi, après plusieurs mois, le couple n’a toujours pas d’enfants.

Les commérages des villageois commencent à peser sur Wang Liang qui décide, toutefois, de donner une dernière chance à sa femme. Mais, le jour des examens, elle est forcée d’interrompre une épreuve. On apprend alors la raison de sa détermination : la fille ne rêve pas que de ses études. En réalité, elle est encore amoureuse de son petit ami du lycée qu’elle a dû quitter lorsqu’elle rata ses examens. En reprenant ses études, elle espère le retrouver et revivre son ancien amour. Malgré le résultat des examens, la jeune fille n’en démord pas, elle quitte Wang Liang et fuit à la ville, sans rien dire, chercher son ancien amour.

L’histoire se transforme alors en une sorte de recherche parallèle du couple : les deux protagonistes, élevés à la campagne, affrontent avec courage et détermination la vie dans une métropole hostile et déshumanisée, prêts à lutter pour conquérir un peu de bonheur. Mais le bonheur conjugal de Wang Liang peut difficilement se concilier avec les élans sentimentaux de sa femme. Elle veut se libérer d’un mariage qu’elle considère étouffant, alors que lui recherche une tranquillité et une stabilité que seule l’harmonie familiale pourrait lui donner. L’histoire ne peut que se terminer en tragédie, sans que personne ne parvienne à atteindre son idéal.

Le réalisateur Gao Xiongjie est parti de deux faits divers qu’il a réunis dans ce film. Mais son objectif principal était d’aborder le thème qui semble obséder la plupart des réalisateurs chinois contemporains : celui de décrire l’écart existant entre les villes et la campagne de la Chine moderne, entre la vie rurale et métropolitaine, ainsi que les effets du communisme sur les citoyens chinois. Toutefois, son film ne possède pas l’épaisseur intellectuelle ou la puissance visuelle de Jia Zhangke (notamment Still Life en 2006). La raison est principalement le fait qu’il partage ouvertement la cause de Wang Liang – comme le montre déjà le titre du film - sans remettre en cause la grande contradiction qui existe au sein de cette histoire, celle de conter une histoire critique de la société chinoise en gardant une morale traditionnelle et qui condamne la femme qui fuit le mariage à une tragédie certaine.

Wang Liang et sa femme sont les deux victimes de la réalité et du nouveau “bonheur” prêt-à-porter made in China. Ils sont aussi prisonniers d’une vision sociale trop fermée, à une époque où l’on aurait vraiment besoin, en Chine comme ailleurs, d’un éloge de la liberté, qui hésite ici à prendre forme.


Autour du film : interview ; biographie.

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