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Susa

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Un film de Rusudan Pirveli (Géorgie, 2010, 78 mn)
par Sarah Richardot et Kate Chaillat.

Susa est le premier long métrage de Rusudan Pirveli. Avec ce film, la cinéaste nous présente la Géorgie à travers le regard de Susa, jeune garçon de 12 ans qui vit seul avec sa mère. Pour survivre, tous deux travaillent dans une fabrique de vodka de contrebande, la mère au remplissage des bouteilles et Susa à la vente.

Quotidiennement, Susa doit faire face à la police et aux racketteurs. Quand sa mère lui annonce le retour de son père, Susa essaye de changer progressivement sa vie, persuader que ce père va les amener loin de cette ville sinistrée. Il économise ce qu’il gagne, exige d’être payé et fuit ses racketteurs habituels. Le père est attendu pendant tout le film mais n’apparaît que dans les quinze dernières minutes et se révèle très décevant. Il ne dit presque rien, mange et dors pour l’essentiel. Il accompagne Susa dans une tournée, comme si c’était le garçon qui devait enseigner à son père comment vivre, ne comprenant qu’à la toute fin du film que ce père ne le sauvera pas.

L’histoire est vue en partie à travers le kaléidoscope que Susa garde toujours sur lui. Cet objet est le moyen qu’utilise la réalisatrice pour observer son monde. L’image centrale est nette mais les bords ne représentent plus que de vagues formes colorées. Les contours de la réalité deviennent incertains et l’isole pour un instant du monde environnant. La mise en abîme lui permet d’isoler des moments et des personnes qui composent son pays. Une longue séquence à travers le kaléidoscope montre une vendeuse du marché qui fixe l’objectif en souriant, visiblement contente et curieuse d’être au centre de l’objectif. Le kaléidoscope permet un parallèle avec cette image du père que Susa s’est construite : toute la démarche du jeune héros est de se construire une image pour l’arrivée de ce père inconnu qui doit l’amener « ailleurs ». Le kaléidoscope transforme le « ici » en « ailleurs » en attendant qu’il arrive.

Mais l’histoire va au-delà des retrouvailles familiales manquées. C’est surtout un portrait de la Géorgie actuelle, qui se fait par touches individuelles au fil des pérégrinations de Susa, laissant voir des personnes dans leur quotidien : une vieille prostituée dans un bar, la communauté des jeunes, le loto clandestin, les policiers, les racketteurs, le patron de la distillerie et les autres employés. Tous sont enfermés dans leur vie sans pouvoir y échapper et quand Susa essaye malgré tout, le patron lui rappelle brutalement qu’il ne peut pas s’échapper, qu’il est là pour toujours. Dans une dernière tentative de révolte, Susa se battra contre lui, échouant et devant s’enfuir...

Sarah Richardot


Susa est un jeune garçon géorgien qui regarde solitaire le monde des adultes. Chargé de distribuer de la vodka clandestine produite par la distillerie où travaille sa mère, nous suivons Susa dans ses rondes à travers une ville terne où il va de bordel en bar pour vendre sa marchandise. Il affronte seul le racket de petits délinquants et évite la police comme il peut.

Son quotidien contraste avec ses envies d’enfant qui fabrique des kaléidoscopes de fortune avec des bouts de verres colorés. Il vit dans l’attente du retour de son père qui pourra lui permettre de retrouver son statut d’enfant.

La réalisatrice Rusudan Pirveli a fait le choix de rester au plus près de Susa. Nous devenons ainsi des spectateurs privilégiés mais impuissants face à la violence que le garçon subit aux mains des racketteurs mais surtout devant sa déception de ne pouvoir s’en remettre à son père. L’histoire de Susa raconte l’innocence qui n’a pas de place dans le monde adulte et nous laisse nous demander lequel des personnages qu’il croise dans son quotidien deviendra-t-il.

Kate Chaillat


Autour du film : Biographie.

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