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Running Among the Clouds (Davidan dar mian abr-ha)

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Un film de Amin Farajpoor (Iran, 2010, 76 mn)
par Emma Quercy et Philippe Desvalois

Peu avant la projection, ce film nous est présenté comme très courageux. Courageux car le film aborde le sujet de la drogue à l’école. Courageux car le film se déroule en Iran. Courageux car le film ose lever un voile sur la réalité de la jeunesse iranienne.

Le réalisateur fait le choix de tourner en noir et blanc et de présenter un décor plutôt sobre. Les spectateurs suivent un jeune adolescent, Milad, vivant seul avec sa mère et acceptant de moins en moins l’autorité des professeurs qui cherchent pourtant à l’aider. Au fil de l’histoire, le personnage sombre, en effet, de plus en plus dans la spirale dramatique de la drogue. En effet, Milad commence par fumer des cigarettes, puis des joints, de plus en plus. Il prend ensuite de la drogue, sous la forme du très puissant crack, et se met enfin à en vendre pour payer sa propre consommation. L’évolution va très vite : agressivité, isolement, mise en danger avec la bande des dealers plus « chevronnés » que lui, menaces, poursuite…

C’est lors de ces poursuites que nous, spectateurs, sommes confrontés à la difficulté de suivre le film, notamment en raison de son montage haché, saccadé, aux cuts très (trop ?) marqués. Certes, le montage est en relation étroite avec la musique, mais la répétition du même ostinato musical renforce cette impression de déjà-vu, répétitif à l’envie, tout à fait acceptable, voire agréable, dans un clip de deux minutes trente, mais plus dans un long métrage même si celui-ci est très court, une heure et quart… C’est peut-être là que se situe l’erreur du réalisateur : avoir mal calibré la durée de son film qui aurait mérité de passer dans la catégorie des courts métrages avec vingt bonnes minutes de moins…

Le sujet du film n’en demeure pas moins intéressant, eu égard aux références « Nouvelle vague » affichées par Amin Farajpoor, Les 400 Coups de François Truffaut en tête (noir et blanc, caméra légère) et Louis Malle (hommage à la musique jazz composée par Miles Davis pour Ascenseur pour l’échafaud).

Cependant, le film manque de crédibilité en raison du jeu d’acteur du personnage principal qui aurait dû être un adolescent sensible et touchant et est interprété par un jeune homme de vingt ans, qui ne parvient pas à émouvoir le public. Il se bat pour offrir une autre vie à sa mère qui doit travailler jour et nuit afin de subvenir à leurs besoins communs. Malheureusement cet amour mère-fils ne transparait pas à l’écran, et le public n’arrive pas à s’identifier et à plaindre le jeune adolescent qui s’engouffre dans la solitude et dans l’incompréhension des gens qui l’entourent.

Courageux sans doute le film l’a-t-il été car il a soulevé un problème peu abordé par le cinéma iranien, mais au sentiment laissé à la fin du film, il vaudrait mieux lui préférer le qualificatif de novateur, car le réalisateur a manqué d’audace en n’approfondissant pas le thème clef du film.


Autour du film : interview du réalisateur ; Biographie.

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