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Betelnut Beauty (爱你,爱我 - Ai ni, ai wo)

Un film de Lin Cheng-Sheng, (Taiwan, 2001, 105 mn)
par Stefano Centini

Est-il possible de mélanger la nouvelle vague du teen drama taiwanais avec une réflexion sociologique sur les phénomènes de la société contemporaine ?
C’est ce que semble se demander le réalisateur Lin Cheng-Sheng qui, avec ce film, a cherché à faire l’éloge nostalgique de l’adolescence à travers des histoires d’amour troublées.

Né à Taitung (Taïwan) en 1959, son œuvre est souvent classée au sein de la deuxième génération des réalisateurs taïwanais, la première étant formée par Edward Yang, Wan Jen, et Hou Hsiao Hsien.
L’enjeu de ce courant a toujours été la recherche d’un cinéma qui pouvait s’adresser au grand public, avec de beaux acteurs et une belle image, tout en invitant les spectateurs à une réflexion plus profonde.

Dans Betelnut Beauty, déjà sorti en France, Lin a exploré le monde des pinglang mei, les vendeuses de noix de bétel (檳榔西施, bīnláng xīshī), demoiselles courtement vêtues qui mènent leur commerce au bord des grands axes routiers.

Feifei, une fille en rupture avec sa famille, rencontre sous la pluie le jeune Feng, qui vient de terminer ses deux ans de service militaire. Lui, se sent un peu perdu, et ne veut pas se résigner à son travail répétitif dans une boulangerie. Elle, rêve de vivre sa vie à toute allure.

Le film touche ainsi plusieurs thèmes intéressants. Que manque-t-il alors à Betelnut Beauty pour rester dans la mémoire des spectateurs, et ne pas se perdre, comme c’est malheureusement le cas, dans la multitude des films du même genre ?
La faiblesse principale du film est le manque flagrant d’analyse des thèmes relevés précédemment, qui n’existent qu’en toile de fond et ne montrent guère l’engagement sociologique du réalisateur. Ils ne suscitent pas une vraie réflexion. Ainsi, l’arrivée des mafieux, forcément mauvais, forcément opposés à la bonne foi, voire à la naïveté de la jeunesse, est un peu trop facile.

“Je voulais montrer l’énergie des jeunes, leur espoir dans un avenir meilleur même s’ils n’ont pas conscience de vivre dans un environnement de plus en plus dangereux, et même s’ils doivent s’y brûler les ailes." a dit le réalisateur, récompensé par l’ours d’argent à Berlin en 2001. Pourtant, le récit de l’innocence de la jeunesse face à la brutalité du monde se résout dans une opposition trop facile entre honnêteté et criminalité. S’il y a quelque chose à retenir, c’est au contraire la négociation mise en acte entre cette bonté d’esprit, la brève naïveté que l’on garde à la sortie de l’adolescence, et le monde désenchanté où elle entre soudainement. Certes, cela renvoie nécessairement à un discours critique sur la société, mais on regrette qu’il ne soit pas plus présent. Ce qui reste, ce sont de belles images, une belle musique, des filles en minijupes trop maquillées et le sentiment que la jeunesse est inadaptée à ce monde. Mais où est la prise de conscience sur ce qu’il faudrait changer pour le rendre meilleur ?


Autour de ce film : filmographie.

Affiche du film. Tous droits réservés.