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Cow (斗牛, Dou Niu) - Cyclo d’or Vesoul 2010

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Un film de 管虎 Guan Hu (Chine, 2009, 105 mn)
par Stefano Centini

Cyclo d’or Vesoul 2010 (ex æquo avec No Puedo Vivir Sin ti)

L’enjeu du film est simple : (re)parcourir la complexe période de l’histoire chinoise qui précède la révolution communiste, comprise entre la guerre civile et l’occupation japonaise, à partir d’un petit village du Shandong.

Le récit se déroule dans le pays natal de Niu’er, l’idiot de ce village reculé, qu’on a chargé, avant l’arrivée des Japonais, de veiller sur une vache au prix de sa propre vie. Cette vache hollandaise, un don offert par l’URSS, un pays ami qui comptait soutenir la révolution communiste en fournissant des vaches capables de produire plus de lait que les locales, est aussi incongrue dans le panorama du Shandong que ce paysan apparemment fou, et pourtant bien plus tenace que tous les autres villageois.

La scène s’ouvre sur un massacre : les corps de tous les paysans ont été brûlés par l’armée japonaise. Perdu dans cette forêt noircie par les cendres des corps, Niu’er se retrouve seul, désespéré. C’est alors que derrière un mur près de lui il entend un bruit : c’est la vache qui apparaît comme un dieu tombé du ciel, qui vient lui rappeler le mandat qu’il doit poursuivre.

À mi-chemin entre drame et humour, le film raconte la détermination de Niu’er à poursuivre ce défi auquel il s’est engagé face à tout le village : il combat non seulement contre les soldats japonais, représentés ici selon une nouvelle vague assez présente dans le cinéma chinois, comme un ennemi au visage plus humain qu’avant, mais aussi contre les nationalistes, et contre les villageois comme lui, sans l’aide de personne. Tous ceux que Niu’er rencontre ne semblent intéressés par rien d’autre que la vache.

Sur ce point-là, le scénario fonctionne très bien en prenant cette vache comme métaphore du peuple chinois, exploité par n’importe quel parti politique. S’il y a un concept remarquable dans le film (avec l’attention réservée aux détails de production qui en font une œuvre plus commerciale, véritable blockbuster de l’année en Chine continentale), c’est justement le fait d’insister sur le manque d’attention réservé dans la société chinoise à ceux qui renoncent à leur propre individualité pour poursuivre le but que la société leur a fixé.

Pourtant, sur la résolution de cette problématique, le film reste trop ambigu pour convaincre : dans la scène finale, les seuls qui renoncent à chasser la vache et la laissent finalement au pauvre Niu’er, sont les soldats de l’Armée rouge, qui ont "libéré" les paysans en 1949.

Certes, on remarque du sarcasme dans cette scène entachée d’un léger sous-entendu de propagande, puisque les soldats n’écoutent point le besoin de Niu’er de se débarrasser de la vache, mais ce qui est plus important, c’est qu’il n’y a finalement pas d’opinion claire sur le rôle que l’individu joue dans ce cadre. Il est laissé seul, sans aide, sans amour (la femme qu’avait voulu épouser Niu’er ne l’avait fait que pour la vache, et était morte dans le massacre du village) et pourtant il ne sent jamais le besoin de se rebeller. On est dans l’absurde mais sans l’angoisse de la perte de signification.

Cet homme ne devient têtu, dans sa quête, que parce que les autres l’ont choisi, et il la poursuit sans même en être convaincu. On pourrait donc se demander si au bout du divertissement, Cow est vraiment parvenu à poser les questions espérées et laisse planer un doute vis-à-vis des intentions du film.

Cow est sorti en Chine pendant l’année de l’horoscope chinois consacrée à la vache, signe de bonne chance qui a accompagné ce film au grand succès en salle et jusqu’à son élection pour représenter la Chine aux prochains Oscars.


Autour du film : Lire la critique, par Li Ma.

Images extraites du film. Tous droits réservés.