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Animal Town

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Un film de Jeon Kyu-hwan (Corée, 2009, 96 mn)
par Hélène Kessous

Animal Town, du Coréen Jeon Kyuhwan, a été l’un des plus dur de la sélection et pose des questions importantes, dérangeantes, qui nous mettent face à notre tolérance et notre conscience. Un homme, quel que soit le crime qu’il ait commis, quelles que soient ses défaillances, est-il toujours un homme ? A-t-il le droit de vivre en société une fois qu’il a purgé sa peine ? Peut-il se soigner ? Peut-il arrêter d’être lui-même pour vivre sans être un danger pour quiconque ?

Animal Town est terriblement cru et va jusqu’au bout de son esthétisme. L’image, le son, les moments de vies des personnages, tout nous rappelle que l’homme n’est qu’un animal. Ce film est le deuxième volet d’une trilogie consacrée à la ville. Cette ville qui paradoxalement fait ressortir nos instincts les plus primaires tant son inhospitalité nous affecte. La violence de la vie citadine nous condamnerait à abandonner notre humanité pour survivre. L’histoire est simple, nous suivons un homme dans sa tentative de réinsertion et en parallèle nous assistons à l’auto-exclusion d’un autre.

Une grande tension règne tout au long du film, la violence est latente, elle n’attend que de pouvoir exploser. Le plus dur n’étant pas finalement le moment où elle fini par s’imposer. Cette séquence est longue, presque incongrue tant le déclencheur de toute cette furie paraît absurde. On voit cet homme qui pendant cinq minutes au moins, tabasse sans vergogne une jeune femme.

Ce qui est dérangeant dans ce film c’est que tout est fait pour que l’on ait pitié du personnage principal, tout est contre lui, comme s’il fallait lui trouver des excuses pour être ce qu’il est. L’homme de notre film est un pédophile repentant, on ne voit pas son crime, on ne sait d’ailleurs pas exactement quelle est la nature exacte de celui-ci. On ne fait que le deviner, l’imaginer, le déformer probablement. Finalement la vraie violence se situe dans le fait de voir ce pédophile essayer de se racheter une conduite, le voir se comporter comme tout un chacun, le voir souffrir de sa solitude, le voir si patient, si compréhensif, si humain. Toutes ces minutes passées à compatir sont douloureuses mais lui aussi est un homme.

L’autre personnage qui nous accompagne est son antithèse, il est bien ancré dans la société, il est respecté, il semble être un homme "normal" avec femme et enfant. Pour une raison qu’on ne comprendra que plus tard, il se met un jour à suivre l’autre, le pédophile. On comprend très vite qu’il n’est animé que par un sentiment : la vengeance. Mais lorsque le moment arrive, lorsqu’il peut enfin se venger, et le tuer, il décide finalement de le laisser en vie. Bien sûr, le laisser en vie est une punition bien plus douloureuse que la mort. La mort ne ferait qu’abréger ses souffrances. Cette décision est tout sauf un acte de clémence ou encore un acte de respect envers la vie humaine. Elle n’est motivée que par la haine et la violence.

"La loi du plus fort est toujours la meilleure, nous allons le démontrer tout à l’heure" aurait très largement pu être la citation d’ouverture de ce film. C’est donc avec un grand sentiment de violence et d’injustice que l’on quitte la salle.

Animal Town, un film à voir sans aucun doute.


Autour du film : critique du film Dance Town, troisième opus de la trilogie sur la ville ; filmographie.

Image extraite du film. Tous droits réservés.