PODCAST

FICA Vesoul

Recherche :
Vous êtes ici : Thématique » Articles Inalco 2010

L’homme et la nature - Des jours et des nuits dans la forêt (Aranyer Din Ratri)

JPEG - 17.7 ko

Un film de de Satyajit Ray (Inde, 1970, noir et blanc, 115 mn)
par Chandrasekhar Chatterjee

Des jours et des nuits dans la forêt de Satyajit Ray, d’après le roman de Sunil Gangopadhyay (Sunil Ganguly) du même titre, a déjà été projeté de nombreuses fois en France. Il nous raconte l’histoire de quatre amis de Calcutta (Ashim, Shanjoy, Hari et Shekhar) qui partent en vacances à la campagne afin de s’évader du tumulte de la vie urbaine.

Ils s’installent pendant quelques jours dans un bungalow gouvernemental (type de maison de campagne appartenant à l’État, habituellement loué par les fonctionnaires lors de leurs vacances) de la région forestière de Palamau, où ils décident de s’amuser sans se soucier des conséquences de leurs actes. Parmi les quatre amis, il y a Ashim, cadre dans une société et chef de la bande ; il y a également Shanjoy, contremaître de profession, homme plutôt discret ; il y a encore Hari, jeune joueur de cricket et, enfin le comique du groupe, Shekhar, qui est au chômage. Quelques événements mineurs surviennent dans ce nouvel environnement lorsque les quatre amis font des rencontres inattendues, notamment avec trois femmes avec lesquelles s’installent des jeux de séduction. Pendant qu’Ashim courtise Rini, jeune femme moderne, élégante et cultivée, issue d’une famille bourgeoise, Shanjoy tente de séduire Jaya, belle-sœur de Rini, qui est devenue veuve. Hari, le joueur de cricket, flirte avec Dulli, une belle femme santal, issue d’une population tribale très pauvre de cette région, située anciennement dans l’état de Bihar (actuellement Jharkhand) en Inde.

Au fur et à mesure, Ashim commence à découvrir la mystérieuse Rini, qui, malgré son apparence sereine ne manque pas une occasion de pointer du doigt le côté déraisonnable et sans vergogne de l’attitude des quatre amis citadins, surtout la façon détestable dont ils traitent le gardien miséreux du bungalow, ainsi que les habitants, tout en profitant de leur dénuement. Ashim semble être de plus en plus épris de Rini, alors que Shanjoy repousse maladroitement les avances osées de Jaya. Hari, lui, profite d’un moment intime avec Dulli, en lui faisant des promesses attrayantes. A la fin, il sera victime d’une vengeance d’une accusation injuste de vol, payant ainsi un prix minime pour les indélicatesses commises par les quatre amis et pour leur attitude de mépris sur les gens simples et innocents de la campagne.

Même si Des jours et des nuits dans la forêt n’est pas le meilleur film de Satyajit Ray, il porte la marque d’un réalisateur de génie. Il dépeint, avec une justesse et une finesse, digne de sa réputation de maître du cinéma indien, le comportement de quatre jeunes citadins, venant d’un monde qu’ils considèrent "civilisé", malgré leurs esprits corrompus et leurs airs insolents et hautains vis-à-vis de la population rurale. Le traitement humoristique du sujet ainsi que le jeu de Rabi Ghosh, qui interprète le rôle comique du personnage de Shekhar, demeurent un aspect mémorable du film. Le spectateur est médusé face à la complexité et à la confusion des sentiments des divers protagonistes, car il est invité à saisir les subtilités et les nuances de l’émotion de chacun des personnages. Enfin, le film nous offre également un petit aperçu de la vie de la tribu des Santals qui vivent dans différentes régions du Bengale et de la région de Jharkhand, notamment de leurs chants et danses traditionnels, comme l’illustre la lecture du passage d’un extrait du roman Palamau de Sanjib Chandra Chattapadhyay en début de film, passage, à la fois sympathique et amusant sur cette tribu.


Nous avons eu cette année le plaisir de voir, ou revoir, deux films bengalis : Aranyer Din Ratri (Des jours et des nuits dans la forêt, 1969) de Satyajit Ray et Titash Ekti Nadir Naam (La rivière Titash, 1973) de Ritwik Kumar Ghatak, tous deux,présentés dans la thématique "L’homme et la nature". Il s’agit de réalisations de deux réalisateurs bengalis - Satyajit Ray (1921-1992) et Ritwik Ghatak (1925-1976), considérés comme deux piliers du cinéma d’auteur indien. L’un est connu aujourd’hui dans le monde entier, pour ses films remarquables témoignant de la réalité du Bengale ; l’autre, dont l’œuvre cinématographique se compose d’une vingtaine de fictions et de documentaires, demeure très peu connu à l’extérieur de l’Inde.


Autour du film : bande-annonce ; critique de Le monde d’Apu et de Tonnerres Lointains ; interview de Nemaï Ghosh, photographe de Satyajit Ray.

Image extraite du film. Tous droits réservés.