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No puedo vivir sin ti - Cyclo d’Or et Prix Guimet 2010

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Un film de Leon Dai (Taiwan, 2009, 92 mn)
par Kate Chaillat et Stefano Centini.

Au sein d’une sélection violente allant de la guerre à la pédophilie en passant par le suicide, la violence conjugale et le trafic de mineurs, No puedo vivir sin ti sort du lot avec un portrait émouvant d’un père et d’une fille qui vivent en marge de la société taïwanaise dans une ville côtière, à l’opposé de Taipei.

Histoire limpide comme la mer et tranquille comme les nuages, le film tourné en couleur a été mis en noir et blanc lors de la postproduction. Cet effet donne une image tout en nuances colorées de gris, contribuant à augmenter la sensation de tranquillité apparente qui règne sur la ville.

Sur ce fond, le réalisateur raconte avec grâce le rapport fort et intime instauré entre un père et sa fille. Cette relation dépasse les règles juridiques et n’a pas besoin de statut, mais seulement des sentiments existant entre les deux.

La simplicité de ce rapport contraste avec celui, complexe et conflictuel, qui s’établit entre les protagonistes et les services sociaux du gouvernement, une des barrières plus élevée encore qui sépare, selon le réalisateur, les individus de leurs propres croyances. Certes, il y a la langue. Le père, d’origine Hakka, une population originaire du Fujian, une partie sociale que l’on montre peu dans le cinéma de Taïwan, parle un dialecte que sa fille ne peut pas comprendre. Il y a l’argent qui sépare les hommes, mais on peut y remédier. En revanche, on peut très peu contre une machine bureaucratique étouffante, anonyme et inhumaine créée pourtant par les hommes.

"Cette société est injuste !" hurle le père en menaçant de se jeter du haut d’un pont avec sa fille, puisque le droit sépare ce qui aux yeux de tout le monde est un tandem inséparable.

Le père et la fille vivent au jour le jour dans un local désaffecté du port, leur attachement est mis en valeur mais également mis à l’épreuve lorsqu’une plongée du père tourne mal, du fait de l’absence de sa fille.

Toutefois, le père seul, reprend sa vie mais en menant une quête inlassable de son enfant, avec la détermination d’une lutte apparemment perdue. Il y a une drôle de ressemblance entre l’obstination de ce père et celle d’une femme protagoniste d’un film de la République populaire de Chine d’il y a une dizaine d’année, L’histoire de Qiu Jiu. Ceux qui ont apprécié ce film pour la ténacité avec laquelle l’héroïne menait sa quête, auront pu remarquer le réquisitoire que représentait ce film de Zhang Yimou contre le système bureaucratique communiste. Que se passe-t-il alors quand on a besoin d’être aussi obstiné pour avoir un semblant de dignité dans une démocratie moderne comme Taïwan ?

Beaucoup de questions comme celles-là sont posées dans le film sans le désir d’y répondre. Il laisse aux spectateurs un sentiment bien universel amenant, peut-être, à réfléchir sur ces espaces vides qu’il faut remplir tous ensemble.


Autour du film : interview et biographie du réalisateur.

Affiche et image extraite du film. Tous droits réservés.