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FICA Vesoul

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Impressions du troisième jour

par Philippe Desvalois

Débuter la troisième journée de festival avec Karakoum, 45° à l’ombre, film de la grande période soviétique de Khojakuli Narliev (Turkménistan, 1982, 95 mn) permet de se replonger dans un état d’esprit particulier… Dans ce film écrasé de soleil et de chaleur, tout le monde est beau, gentil, tout le monde sourit, est super compétent et va venir à bout de la catastrophe atomique qu’une équipe de construction d’un gazoduc a déclenché. Prosélytisme digne des films catastrophes américains !

Le documentaire de midi, FICA : du proche à l’extrême orient de Frédéric Ambroisine sème l’effroi dans la délégation 2010 de l’INALCO. Certes, nous avions été prévenus qu’en 2009, l’entente était loin d’être cordiale au sein du jury Langues O’. On découvre lors de séquences fortes les tensions entre étudiants et enseignants, le ratage d’une interview et bien d’autres aventures, plus plaisantes celles-là, lors des soirées vésuliennes. Grande question qui ressort de ce documentaire : où commence l’Orient ? À Vesoul ? En Turquie ?

On reste dans le culte de la nation avec un film taïwanais qui reprend à son compte la devise nationale belge "L’union fait la force", mais aussi la phrase du Cid "La valeur n’attend pas le nombre des années". A Journey to Gwan Shan, de Wen Yi (Taïwan, 1956, 100 mn) décrit le voyage en car d’un "panel représentatif" de la population de l’époque. On rit de bon cœur, mais on est aussi touché par cette métaphore d’un pays en devenir.

En raison d’une salle trop petite, il a presque fallu se battre pour avoir le grand bonheur de découvrir (ou revoir) The Warrior, film indo-britannique de Asif Kapadia (2001, 86 mn). Musique magnifique sur images de paysages magnifiques, histoire de vengeance transformée en rédemption au cœur d’une montagne luxuriante, The Warrior est sans conteste le film du jour pour bon nombre de spectateurs. Un grand merci aux organisateurs d’avoir permis le changement de salle pour une projection sur très grand écran.

Courte pause déjeuner/goûter/dîner avant de retourner devant la compétition documentaire avec Tours d’exil de Jenny Teng (Cambodge France, 2009, 55 mn). Dans les années 1970 et 1980, à Paris, le treizième arrondissement devient le point d’accueil des réfugiés du Cambodge en proie au régime de Pol Pot. Depuis, chacun a (re)construit sa vie en appui ou non avec une mémoire douloureuse.

Alors que certains festivaliers avaient prévu de terminer cette longue journée avec un "Japanimation", leur soirée fut stoppée dans cet élan cinéphile par le film de fiction en compétition. Night and Fog (Chine, Hong Kong, 2009, 122 mn) a plombé ce troisième jour par le traitement sans concession de son propos, la violence faite aux femmes et aux enfants. Thème universel présenté ici par la réalisatrice chinoise Ann Hui avec lourdeur et violence redondante pour pousser le spectateur dans ses derniers retranchements. Entre dégoût et répulsion, les spectateurs encore en salle à la fin du film restent, au choix, muets ou vilipendent les programmateurs.

Gageons que la nuit sera réparatrice. En attendant, les étudiants de l’INALCO vont s’entretenir avec le réalisateur iranien de Frontier Blues, Babak Jalali et sa compatriote Sara Rastegar, la réalisatrice du documentaire en compétition 7 femmes.


Babak Jalali et Sara Rastegar lors de l’entretien accordé à l’INALCO, Vesoul 2010.

Crédit photo : Hélène Kessous. Tous droits réservés.