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Impressions du cinquième jour

par Philippe Desvalois

Rattrapage des films manqués le samedi, cette matinée dominicale voit se regrouper quelques afficionados dans la petite salle qui présente La Rivière Titash, film indien de Ritwik Ghatak (1973). La copie n’est pas très bonne, l’image est tronquée en raison d’une inadaptation de la fenêtre du projecteur à la taille de l’image, mais le plaisir est là. Cette rivière bengalie voit se dérouler les aléas d’une histoire d’amour tragique sur fond de querelle de pêcheurs et de riches propriétaires. Beauté des plans, des décors naturels et des acteurs, un régal pour les yeux et les oreilles.

Pas de documentaire ce dimanche midi. En lieu et place, le déjeuner des festivaliers. Les cinéphiles s’en échappent vite pour aller qui devant un film d’Ömer Kavur, qui devant la compétition (Animal Town), qui devant l’incroyable film sans dialogue du Japonais Kaneto Shindo, L’Île nue (1961). Quintessence du dépouillement cinématographique, perfection des plans, notamment des profondeurs de champs utilisées comme le ferait un paysagiste classique, interprétation d’une sobriété exemplaire, musique délicate pour cette histoire d’une famille de travailleurs de la terre. Leçon de jansénisme pour les uns, film totalement bouleversant pour les autres.

"Je voulais faire un film très créatif au niveau visuel. Raconter l’histoire avec des images. Une histoire où chaque vue exprimerait un sentiment du bonheur, de la tristesse, dans un décor naturel."

Kaneto Shindo

La compétition reprend ses droits avec l’avant-dernière salve de films de fiction. No puedo vivir sin ti, de l’acteur taïwanais Leon Dai, agace une partie des spectateurs par son parti pris esthétique d’images en noir et blanc, tandis que nombreux sont touchés par cette histoire d’un père prêt à tout pour sauver sa relation avec sa petite fille. Malgré les difficultés économiques, administratives et judiciaires, cet homme continue de se battre pour la garde de son enfant. Interprété très justement par l’ensemble des acteurs (qu’on aurait aimé voir en couleur…), le film tire un peu trop les larmes dans sa toute dernière partie.

Le dimanche se termine avec la projection très attendue du premier film de la dramaturge indonésienne Ratna Sarumpaet. Protectrice des droits de la femme en Indonésie, la réalisatrice présente Jamila and the President, histoire d’une prostituée meurtrière, qui fait le choix de se défendre seule, malgré l’aide que certains de ses proches veulent lui apporter. Interprété de façon très théâtrale à la manière du cinéma et des séries télévisées indonésiennes (la cinéaste nous le confirmera lors de l’entretien qu’elle a accordé à l’INALCO), le film traite, là encore dans cette compétition, de la difficulté d’être femme dans tous les pays du monde. Généreusement applaudi, le film de Ratna Sarumpaet serait-il en lice pour un prix ?

Crédits photo : Stefano Centini. Tous droits réservés