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Khalifah

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Un filmde Nurman Hakim (Indonésie, 2011, 96 mn)

Par Némésis SROUR

Khalifah, 23 ans, est coiffeuse à Jakarta et mène une vie tranquille et libre, malgré les soucis d’argent, jusqu’au jour où elle accepte un mariage arrangé avec Rasyd, un commerçant prospère, désireuse de venir en aide financièrement à son père et permettre à son jeune frère, Faizal, de poursuivre ses études.

Dans l’intimité, Rasyd se révèle suivre les préceptes du Coran à la lettre, et impose à sa femme la prière plusieurs fois par jour et le silence au moment du repas, au nom du texte sacré. Cette croyance va trouver son point culminant, symboliquement, au moment où, après une fausse couche, Rasyd parvient à persuader sa femme qu’il s’agit là d’une punition de Dieu : il lui tend alors le voile comme une figure de rédemption et une façon de se laver de ses péchés. À partir de là, la vie de Khalifah bascule : elle ne peut plus travailler, car son voile intégral fait fuir les clientes ; elle ne peut plus sortir sans se faire agressée ou insultée et, même son père montre quelques réticences devant les vêtements de sa fille, craignant que ce soit son mari qui lui impose de se vêtir ainsi. Khalifah revendique le fait de porter le niqab en toute liberté, même si chacun de ses gestes souligne imperceptiblement le fardeau que constitue ce vêtement au quotidien. Il en ressort que la jeune fille a parfaitement intégré l’idée que son espace de liberté est celui-là même que les hommes qui ont autorité sur elle (son père puis son mari), lui consentent.

Seulement, tout n’est pas si manichéen et le film de Nurman Hakim, sans parti pris, le montre bien. En effet, Khalifah parvient à travailler à nouveau dans son salon de coiffure, par la mise en place des jours réservés aux femmes, faisant ainsi la joie de la patronne qui se découvre une nouvelle clientèle. Les femmes voilées peuvent y venir en toute sécurité, sans craindre que leur chevelure ne soit vue par d’autres hommes que leurs maris. La jeune femme fait alors la rencontre d’une femme qui, comme elle, porte le niqab à la demande de son mari, lui aussi homme d’affaires en Arabie Saoudite, insistant par là sur le lien entre wahhabisme et présence du voile intégral en Indonésie. Le film se termine en forme de question : Khalifah découvre le corps mort de son mari, dont les événements laissent le spectateur soupçonner qu’il est peut-être un terroriste recherché. Dans la chambre d’hôpital, une femme avec ses enfants se joint à sa douleur : c’est la première femme de Rasyd. Le plus horrible alors, pour Khalifah, est de découvrir, a posteriori, que son mari avait une autre femme.

La sortie du film, en Indonésie, a provoqué nombre de controverses, car il touche à un problème tout aussi délicat là-bas, qu’il peut l’être ici, pour nous, en Occident. En maintenant une fin ouverte, le réalisateur veut interroger le spectateur sans lui asséner sa vérité, car « quand il s’agit de religion, explique l’acteur Indra Herlambang présent le soir de la projection, ce sont des questions que nous avons nous-mêmes à nous poser », nul autre ne peut y répondre.


Autour de ce film : bande-annonce ; critique du film Pesantren dans la brochure fica Vesoul 2009.

Image et affiche du film. Tous droits réservés.