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Sunny Days (Solnetchniye Dni)

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Un film de Nariman TUREBAEV (Kazakhstan, 2011, 97 mn)

Par Magali GODIN

Sunny Days, c’est le reflet d’un homme qui a tout perdu. À chaque séquence du film, il perd un peu plus ou est menacé de perdre davantage (l’électricité, l’eau, ses papiers, sa petite amie, etc.).

Au fil du récit de sa vie, on s’aperçoit que sa perte la plus importante est l’envie. En effet, il ne semble plus rien vouloir, ni même aspirer à changer de vie. Dès qu’une main se tend vers lui, il la repousse. Comme si rien n’avait plus d’importance, comme si sa vie d’homme ordinaire était déjà écrite et vouée au rien. En cela, la fin du film - et de la vie du héros - n’a rien de surprenant.

Nariman Turebaev se spécialise dans l’anti-héros - après son film Les petites gens en 2003 dans lequel il contait la vie de deux amis marginaux - ou plutôt dans les personnages qui ressemblent profondément aux êtres humains, sans pouvoir exceptionnel hérité d’un scénario de fiction. En choisissant un technicien comme « acteur principal », qui ne fera certainement jamais d’autre film, il enfonce l’idée du personnage complètement réel, dépourvu de vie extraordinaire. À aucun moment, le destin de son personnage, dont nous n’apprendrons jamais le nom, ne bascule vers une émotion heureuse, un rayon de soleil – comme aurait pu laisser supposer le titre du film, qui touche là à une ironie profonde - ou une échappatoire à sa vie lugubre.

Il y a des films qui enchantent et il y a des films qui font déchanter…
Le propos tenu dans Sunny Days est celui d’une vie passablement ordinaire, dont l’intrigue se déroule au Kazakhstan mais pourrait fort bien se reproduire n’importe où dans le monde sans que cela ne soit un obstacle au propos du réalisateur. La vie est dure, le cercle vicieux des dettes est enclenché, il y a peu d’échappatoire, et une sorte de destinée. Contrairement à la bonne morale, Turebaev montre que son personnage peut vivre sans rentrer dans les codes, sans faire plaisir autour de lui – pas une once de sympathie ou de générosité pour autrui n’émane de lui – sans penser que sa vie serait meilleure en changeant pour les autres.

Ce qui peut déplaire dans ce film, c’est d’avoir l’impression d’aller nulle part. Capter la vie réelle sous ses aspects les plus misérables, même en le faisant avec un humour qui attire le spectateur et le garde attentif à tous les détails de cette vie sordide, ne délivre pas un film avec un discours idéologique et un parti pris innovant. C’est de ce côté que le bât blesse. Après avoir conduit le spectateur sur ce chemin bancal, parsemé d’humour acide – avec des passages en voiture n’étant pas sans rappeler les road-movies à l’américaine – il le laisse repartir sans surprise et un peu sur sa faim.

Malgré cela, nombreux sont sortis de ce film enchantés, car l’humour donnait une bouffée d’oxygène à la sélection officielle qui en manquait particulièrement. Il s’avère que le réalisateur nous balade gentiment pendant 1h40 et cherche à nous faire espérer pour le héros qui lui n’espère déjà plus rien depuis très longtemps.


Autour de ce film : critique de Les petites gens (Un film de Nariman Turebayev, Fica 2004) ; bande-annonce.

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