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Prix Inalco - Melbourne

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Un film de Nima Javidi (Iran, 2014, 91 min)
Par François-Xavier Durandy

Quand l’agente recenseuse se présente au domicile d’Amir et Sara, à Téhéran, elle a vite fait de comprendre qu’elle n’aurait pas pu plus mal tomber. Le jeune couple s’apprête à quitter l’Iran pour aller poursuivre ses études pendant trois ans en Australie. L’avion est dans quelques heures. Les bagages sont faits, les vêtements bien comprimés dans leurs housses sous vide et l’appartement, dont le mobilier et la décoration ont pratiquement disparu, fait l’effet d’un plateau de théâtre.

Théâtre aussi dans la folle agitation qui précède le départ. Tourbillonnement digne d’un vaudeville, avec portes qui claquent (on a dû laisser une fenêtre ouverte), visites d’importuns, sonnettes et sonneries en tout genre (à la porte, à l’interphone, au téléphone et même sur Skype). Il suffira d’un incident, d’une bêtise, pour que la farce vire au drame et qu’Amir et Sara voient le monde s’effondrer en silence autour d’eux, pris au piège de ces murs nus comme leurs vêtements suffoqués dans leur housse en plastique.

Que faire, que ne pas faire face à l’irréparable ? Face à l’indicible, que dire, que taire ? Qu’opposer à l’injustice absolue, au pire des coups du sort, celui qui fait pleurer les chiites depuis la bataille de Karbala ? Telles sont les questions qui s’agitent soudain dans la tête d’Amir et Sara, qui devront, s’ils décident de ne pas rater leur avion, emporter dans leurs bagages un terrible secret. Mais pourront-ils jamais profiter de Melbourne, ville régulièrement classée parmi les plus agréables à vivre au monde ?

Avec ce premier long-métrage, Nima Javidi, auteur de deux documentaires et d’une poignée de films courts, signe à trente-quatre ans un coup de maître. Il réussit notamment à transformer la contrainte d’un film à petit budget, tourné pratiquement à huis clos, en une force.

Sans fard et sans artifices, le film repose presque entièrement sur la performance de ses deux acteurs principaux, Negar Javaherian, dont c’est le premier grand rôle, et Payman Maadi, déjà très remarqué dans Une Séparation (et réalisateur de Barf rooye kajha présenté à Vesoul en 2014). Les dialogues, écrits au millimètre – aucune place pour l’improvisation – et parfaitement interprétés, clouent littéralement le spectateur sur son siège et l’on assiste impuissant au naufrage des protagonistes, pris dans les sables mouvants de la culpabilité et du mensonge.

Pour l’anecdote, nous avons repéré, dans un rôle secondaire, Mani Haghighi, à qui l’Inalco avait décerné son prix « coup de cœur » en 2013 pour Paziraie sadeh.

Le prix Inalco a été décerné à Melbourne pour la force de son scénario, la précision et l’excellence du jeu d’acteur et la portée universelle du récit.

Nima Javidi est né en 1980. Après des études d’ingénieur, il commence à réaliser des courts métrages en 1999. Il fait aussi des films publicitaires. Il a tourné six courts métrages et deux documentaires. Melbourne est son premier film de fiction.


Autour du film : Interview de Nima Javidi ; bande-annonce

Photo et affiche du film. Tous droits réservés.