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Bwaya

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Un film de Francis Xavier Pasion (Philippines, 2014, 83 min))
par Daravanh Somsavady

Le film Bwaya, réalisé par François Xavier Pasion, a reçu le Cyclo d’Or 2015, prix attribué par le jury international « pour son mélange de folklores dans une région naturelle reculée dans le but de raconter une histoire ». Le jury était cette année présidé par le réalisateur chinois Wang Chao, entouré de Laurice Guillen réalisatrice et directrice du festival Cine-malaya (Philippines), Mohammed Rasulof (Iran) et Prassana Vithanage (Sri Lanka). Le film a également remporté le Coup de Cœur Emile Guimet de cette année « pour sa plongée dans une culture inconnue, au son des musiques d’un autre monde ».

D’abord réalisateur et producteur de séries télévisées, François Xavier Pasion signe ici son troisième long métrage après Jay, 2008 et Sampaguita National Flower en 2010. Il propose ici une plongée dans les confins des Philippines, loin de la ville, de ses palpitations et de son rythme urbain trépidant, en s’inspirant d’un fait divers : la mort d’une fillette attaquée par un crocodile dans un village dans les marées d’Agusan.

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Divina (Angeli Bayani) et son époux Rex (Karl Médina) s’efforcent de subvenir aux besoins de leur famille grâce à la vente de leur pêche quotidienne. Ils profitent de moments d’insouciance malgré leur pauvreté et un environnement naturel aquatique hostile peuplé de crocodiles imprévisibles. La famille de Divina est installée dans une petite maison sur pilotis au-dessus de l’eau. Le quotidien est ponctué par la pêche, les repas, les jeux d’enfants. Roweena (Jolina Salvado), la fille, va bientôt fêter ses 13 ans. Comme cadeau, elle souhaiterait de l’argent pour passer les examens scolaires (payants) dans son école flottante. Tous les matins, elle s’y rend en compagnie de son amie d’école, Jennifer : sur le chemin, elles chantent, plaisantent et surtout se défient au-dessus d’une eau calme en apparence. Elles partent et rentrent ensemble grâce à leurs fines embarcations tout juste suffisantes pour effectuer de courts trajets. Un jour, malgré les conseils de prudence de sa mère, Roweena, par amusement, se met à chanter fort en tapant sa pagaie à la surface de l’eau. Un crocodile attaque la fillette qui est entrainée soudainement au fond des marécages. Sous le choc, l’ensemble des villageois partent à la recherche du corps de la petite Roweena. Mais il ne sera retrouvé que plusieurs semaines plus tard dans les vastes marais d’Agusan.

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Bouleversé par cette histoire vraie, François Xavier Pasion s’est emparé du sujet afin de rendre hommage à la fillette disparue et aider la famille à surmonter l’incident dramatique. Il a ainsi recours à des images de sources diverses - « des images d’actualité » - renforçant le caractère véridique de l’histoire. Certaines images ont été mises en scène d’après le témoignage et le récit de Divina, de sa famille et de ses proches. La référence au travail du réalisateur lui-même, avec les « claps » , met en abîme le travail de reconstruction filmique et de la démarche de reconstitution des faits. Le spectateur est ainsi tenu en haleine entre le fil de la fiction et celui du fait divers.

Tout au long du film, l’espace aquatique filmé révèle un microcosme où l’homme vit et cohabite avec le règne animal sauvage incarné ici par les crocodiles. Une attention particulière est également accordée au rythme lent de certains plans larges dévoilant des paysages naturels immenses, bordés de roseaux, de lotus ou encore des plans aériens de cet environnement aquatique tout aussi dangereux que paisible.

François Xavier Pasion nous livre également un ailleurs lointain avec une communauté aux propres valeurs morales et pratiques sociales (les rites chrétiens adaptés, le recours au chamanisme pour visualiser le lieu du corps de Roweena, les rîtes de funérailles), sa culture, ses langues locales mélodieuses (le filipino, le visayan et le manobo).

Le seul lien nous reliant au monde moderne se fait par la présence de la caméra, ou encore avec le personnage de l’instituteur de passage, pointé comme responsable de ce drame.

L’expression du pathos de chaque personnage ne peut laisser le spectateur indifférent à la douleur de la famille de Divina. Une course collective effrénée va être lancée pour rechercher le corps afin de pouvoir faire des funérailles et apaiser la souffrance, de la famille d’une part, et de l’autre celle des villageois. Une tragédie semble s’être abattue sur la famille qui vit selon des croyances chrétiennes culpabilisantes, réduisant l’être humain à accepter son destin.

Bwaya est le premier film philippin primé en compétition au F.I.C.A. François Xavier Pasion réussit à transformer ce fait divers en un conte à portée universelle par le biais du récit narratif dans une langue locale rare (difficile à identifier) qui transporte les spectateur dans une contrée exotique aux beaux paysages aquatiques. L’histoire semble intemporelle. Seuls les passages de chants insouciants de la petite Roweena sur sa barque viennent rompre la stabilité de ce monde sauvage, à l’inverse imprévisible. Le réalisateur a pris le parti de transformer ce drame en insistant sur la richesse des sons, des paysages et les traits de personnages principaux profondément émouvants.

L’aspect social du cinéma philippin est souvent mis en avant. Dans ce film, François Xavier Pasion aborde en partie cet aspect : la pauvreté, le manque de moyens et d’aides gouvernementales, même dans l’éducation et l’alphabétisation des enfants de communautés vivant en marge. Grâce aux bénéfices de ce film, le réalisateur espère, en partie, aider Divina et sa famille à subvenir à ses besoins, à accéder aux soins médicaux de premières nécessités et assurer aux jeunes enfants leur scolarité. L’histoire de Roweena restera dans la mémoire collective.


Loin du luxe des familles aisées et du confort de la ville, la famille de Divina vit une vie simple, grâce à la vente de poissons pêchés par son mari, Rex. Leurs enfants sont toute leur joie. Rowena se rend, comme chaque jour, en barque à l’école avec sa meilleure amie Jennifer. Soudain, leur embarcation est renversée par un crocodile. Alors que Divina part à la recherche du corps de sa fille dans les marais d’Agusan, elle apprend une leçon encore plus tragique que celle imposée par le destin : tous les prédateurs ne sont pas sous l’eau.

Francis Xavier Pasion est né à Manille en 1978. Diplômé en communication de l’Université de Manille, il a créé la première organisation de film dans cette université, Le Loyola Film Circle. Il y donne occasionnellement des cours. Son premier film de fiction, Jay, a été primé dans plus de 30 festivals internationaux. Son second film, Sampaguita National Flower, a reçu le prix spécial du Jury à Cinemalaya et a été sélectionné à Busan et à Berlin dans la section Génération. Bwaya a reçu le prix du meilleur film à Cinemalaya.


Autour du film : bande-annonce.

Photographies et affiche du film. Tous droits réservés.