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Margarita with a straw

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Un film de Shonali Bose, Nilesh Maniyar (Inde, 2014)
Propos recueillis par Iva Čápová Traduction : François-Xavier Durandy

Laila est une jeune fille romantique, un peu rebelle. Étudiante, elle compose de la musique pour un groupe rock de son université de New Delhi. Elle cherche à vivre comme les autres jeunes de sa génération, malgré son handicap qui l’oblige à se déplacer en fauteuil roulant.

Elle est à l’âge où l’on est toujours à la recherche de plus de liberté et de nouvelles expé- riences. Elle aspire à vivre pleinement malgré le re- gard que les autres portent sur elle. Elle veut décou- vrir le monde et obtient d’aller poursuivre ses études à l’Université de New York. Elle y fait la connaissance de Khanum, une jeune femme militante, avec qui elle va s’épanouir. Ce séjour américain va lui permettre, entre autres, de découvrir sa sexualité.


Interview de Nilesh maniyar, coscénariste - coréalisateur de Margarita with a straw

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Comment avez-vous choisi ce sujet ?
Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce film ?

C’est Shonali Bose qui a choisi le sujet, en fait. Nous voulions faire un film sur sa cousine germaine, avec qui elle a grandi et qui est atteinte d’infirmité motrice cérébrale. Shonali avait perçu chez sa cousine une force de caractère qu’elle voulait représenter au cinéma. Mais elle ne voulait pas se contenter d’un film biographique. Elle avait en tête une philosophie à laquelle je m’identifie pleinement et que l’on peut résumer en I Have Me. D’ailleurs, ce devait être le titre du film, au départ (ça fait très pompeux, je sais !). Nous avons pensé partir de cette philosophie pour raconter l’histoire de sa cousine.

Shonali a un style cinématographique bien particulier. J’ai vu Amu en 2005, alors que j’étais encore étudiant, au Festival international de Pune. Je ne savais pas qui elle était. Son film m’a fait beaucoup pleurer. Je n’étais qu’un petit con de 21 ans, qui ne savais rien des émeutes de 1984. Dans son cinéma, Shonali aborde des sujets politiques mais sans excès de pathos, ni sensationnalisme. Elle nous raconte une histoire humaine qui nous touche tous. Sa démarche est donc universelle même si, en filigrane, se posent de nombreuses questions politiques.

Laila vient d’une famille mixte. Elle porte un nom musulman mais sa mère est hindoue et son père, sikh. Elle fait ses études en Inde et aux états-Unis. Sa langue elle-même est mixte, entre hindi et anglais, et sa sexualité aussi est ambivalente...

Nous n’avons pas cherché à construire de parallèles aussi complexes et systématiques. Beaucoup de choses se sont imposées d’elles-mêmes à mesure que nous avancions dans l’écriture du scénario.

De nombreux festivaliers nous ont dit « Comment Kalki Koechlin, qui est Française, peut-elle jouer le rôle d’une Indienne ? » « Ce n’est pas politiquement correct : c’était à une handicapée de jouer ce rôle d’handicapée. » ou encore « C’était à une Indienne de jouer une Indienne. C’est du racisme ! » Or je trouve que Kalki, à sa façon, est plus Indienne que Shonali elle-même car elle est née et a grandi en Inde. Ce n’est pas parce qu’elle a un passeport ou des parents français qu’on peut lui retirer son enfance !

Si je vous raconte tout cela, c’est que cela répond indirectement à votre question sur la « mixité ». Est-il indispensable de voir les choses sous cet angle ? Est-ce qu’on ne peut pas y voir quelque chose de très normal ? Peut-on dépasser cette prétendue dimension politique, que nous essayons à tout prix de déceler dans un mariage d’amour, le handicap ou la sexualité ? On a tendance à tout monter en épingle et on fait mine de s’étonner de tout. Ce film s’efforce de déconstruire ce point de vue tout en douceur.

Comment va réagir la censure ?

Demandez-le aux censeurs ! Je ne crois pas que ce film doive poser problème. Pris dans sa globalité, rien dans ce film ne saurait porter atteinte à la société. Croisons les doigts.

Comment votre film a-t-il a été accueilli ?

L’accueil a été magnifique. Il y a des festivals où le public est un peu timide, hésite à poser des questions. Les gens ont peur de se ridiculiser en public et restent silencieux. Mais leur réaction se lit dans leurs yeux, leurs applaudissements, leurs appréhensions. Il y a aussi des festivals où la séance de questions commence à peine le film terminé. Et quand le public est encore sonné, encore sous le choc des émotions, on voit sur les visages que le film est en train d’agir. C’est quelque chose que j’ai observé avec Margarita. À Busan, en particulier, s’est passé quelque chose de très bizarre et de très drôle, sans que je comprenne bien. Une douzaine de femmes de tous âges, de 18 à 60 ans, sont venues m’embrasser et me remercier rien que d’avoir fait le film. Depuis plusieurs mois, je vois bien que le film est réussi, qu’il touche les gens, qu’il est bien perçu, que les gens se reconnaissent en lui. Mais qu’est-ce qui fait, dans ce film, que les gens sont si remués, qu’ils se sentent pousser des ailes ? C’est un processus très complexe, que j’espère bien percer un jour. Je suis donc ravi de l’accueil réservé à Margarita with a straw. Et maintenant, tout le reste, c’est du bonus.


Autour du film : bande-annonce.

Affiche du film, Tous droits réservés.
Photographie de Shonali Bose, Nilesh Maniyar et Kalki Koechlin
entourant Malini, qui a inspiré le personnage principal du film. Copyright