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One summer

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Un film de Yang Yishu (Chine, 2014, 93 min)
Par Catherine Legeay-Guillon

Le mari de Zhen Liu a été arrêté une nuit, il y a plus de 30 jours. Elle ne sait pas pourquoi. Bien qu’elle doive faire face à de nombreux problèmes, elle semble mener une vie normale. Dans les faits, elle projette son anxiété sur sa petite fille. Elle essaie de trouver de l’aide auprès d’un ami de son mari, d’un avocat, d’un camarade d’école et de son associé. Chacun d’entre eux fait face à une situation fâcheuse, avec ses propres problèmes.

Dimanche 15 février : ce matin, nous avons pu découvrir le premier film de fiction de Yang Yishu. One summer a retenu mon attention non seulement pour le sujet traité mais aussi pour sa construction complexe malgré un apparent dépouillement.

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L’histoire – assez ténue il est vrai – raconte le parcours sur plusieurs semaines d’été de la quête de Zhen Liu dont le mari a brusquement été arrêté et emprisonné un matin, mais sans que l’on sache pourquoi ni à quel endroit. La quête de Zhen Liu la mène auprès de plusieurs personnes de son entourage ou de relations, hélas elles-mêmes confrontées à leurs propres difficultés. Ses visites au commissariat, au bureau de la sécurité publique dont les employés ne donnent aucune réponse ni information font clairement penser à une intrigue de Kafka. La scène onirique au bord du lac avec l’envol de dossiers d’archives renforce cette atmosphère. Zhen Liu passe l’été seule avec sa fille, vaguement assistée de d’une bonne (ayi) qui la quitte et d’une baby-sitter temporaire. Les relations mère-fille sont filmées de très près avec beaucoup de silences et de tensions intérieures car la mère semble prête à exploser à tout moment (mention spéciale à la petite fille, qui n’est autre que la fille de la réalisatrice).

Par un effet de mise en parallèle, la mère travaille juste- ment au bureau des archives de l’université et à ce titre se trouve sollicitée par une étudiante qui doit tourner un court documentaire sur l’université à l’occasion de son centenaire. Cette autre quête prend un tour plus politique au fur et à mesure que l’étudiante prend connaissance de faits relatifs

à la révolution culturelle chinoise (1966-1976) et cherche à en apprendre davantage. L’héroïne comprend que chacun à son niveau peut se trouver très vite privé d’information dans un état où les lois existantes ont du mal à être appliquées, où les avocats peuvent eux-mêmes se trouver emprisonnés, où le recours aux méthodes de relations personnelles (guanxi) est le seul canal pour obtenir enfin un début d’information.

L’auteur nous a présenté son film comme un film artisanal au prix de revient très bas, basé sur des événements vécus par des proches. Elle a choisi de se concentrer sur de nombreux détails, ce qui a pour effet d’enrichir le film mais parfois au prix d’un manque de lisibilité. De mon point de vue, ce film reste néanmoins très intéressant et riche malgré certaines longueurs, un film au sujet courageux et délicat.


Yang Yishu enseigne le cinéma et le théâtre à la Nanjing University’s School of Liberal Arts. En 2006, son 1er film documentaire, Who is Hao Ran, a été sélectionné dans de nombreux festivals. Elle tourne un 2ème documentaire en 2010, On the Road, et écrit un livre Film Within Film : A Study of Meta-Cinéma en 2011.


Autour du film : interview ; bande annonce.

Photographie et affiche du film. Tous droits réservés.