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The monk

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Un film de The Maw Naing (Myanmar, 2014, 91 min)
Par Cédric Fuentes

Un jeune garçon, Zawana, entre dans le monastère d’un petit village dirigé par U Dharma. Très attiré par une jeune fille du village, il a des doutes sur son engagement religieux mais, petit à petit, il se prend d’affection pour le vieux moine, pourtant très exigeant. Le monastère fait face à de gros problèmes d’argent.

Un jeune moine le quitte, attiré par les mirages de Yangoon, et le vieux moine tombe gravement malade. Quelqu’un doit prendre soin de lui et de toute la communauté. Zawana comprend qu’il doit relever ce défi.

Par une nuit pluvieuse, un enfant arrive dans ce que l’on devine être un monastère. C’est ainsi que s’ouvre The Monk, et tout de suite le ton est donné : images léchées, couleurs vives mais non agressives, on sentirait presque l’air humide du bois environnant le monastère. C’est dès les premières minutes que The Maw Naing, le réalisateur, nous propose un film particulièrement délicat dont certains paysages sont ceux de cartes postales. Le film met en scène l’histoire de cet enfant, devenu jeune homme et nommé Zawana, dans sa relation au monachisme et à son supérieur le moine U Dharma. Véritablement attaché à son maitre, Zawana subit tout de même les tentations du monde moderne et se pose alors la très attendue question du rap- port entre religion et modernité.

Si The Monk peut en effet ne pas nous surprendre avec ce thème, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un film birman, que la modernité n’est pas celle de l’Occident, que l’ancrage de la religion y est quotidien et que le bouddhisme continue de réguler la vie des villages et des villes (dans une moindre mesure). Cependant The Monk explore avec sagesse cette tension entre modernité et religion. Il nous présente ici un bouddhisme traditionnel dont le père U Dharma est un pratiquant sévère, qui ne souhaite pas assouplir le mode de vie monacal pour attirer de nouveaux disciples en son monastère. Monastère qui croule – au sens propre – sous les dettes et dont il est le seul véritable moine, entouré de trois disciples : Zawana, un jeune homme qui succombera à la tentation de la ville et partira à Yangoon (la capitale) et un jeune enfant.

Les scènes sont tendres d’abord, et le spectateur voit là un jeu entre trois frères qui transgressent un peu les règles du père ; mais ce père que tous apprécient malgré son intransigeance tombe grave- ment malade et le monastère n’a pas l’argent pour payer les soins. Commence alors le périple pour la quête, et surtout le périple vers la ville. C’est d’ailleurs l’autre grande tension abordée dans ce film, celle de la ville et du village. Alors que le village est filmé sous des couleurs chaudes et présente des gens ouverts sur l’extérieur (la scène de quête quotidienne le montre très bien lorsque les habitants sont tous autour de la seule et unique route centrale) ; la ville est froide et les gens sont à l’intérieur. Le macadam côtoie des murs gris qui eux-mêmes renferment bars et tripots. A quelques détails près Yangoon semble étonnamment proche de Gomorrhe, présentant ainsi vices et hostilité.

Enfin, entre ce village et cette ville, ce moine et son hôpital, The Monk place avec brio un élément raccrochant Zawana à sa terre d’enfance : une fille. Une fille avec laquelle il entretenait une correspondance secrète qui lui vaudra les réprimandes de son maitre, une fille qui l’a fait douter de sa vocation monacale, une fille qu’il retrouve alors même que son maitre est au plus mal et qu’il est seul, loin de son temple de sérénité...

Au final, si The Monk n’a pas la prétention d’être un film révolutionnaire ni par sa thématique ni par sa réalisation, il s’agit là d’un beau film, à l’histoire accrochante, aux personnages attachants et qui nous transporte pendant une heure et demi au sein de la moiteur birmane. Un film qui mérite donc tout naturellement son prix du jury Netpac ! Ah oui, et petit conseil, portez attention aux reliques, elles sont révélatrices de la voie de résolution de ces tentations...


Autour du film : Bande annonce.

Affiche et photo du film. Tous droits réservés.