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Endless Road

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Un film de Jin Huaqing (Chine, 2014, 42 min)
par Cédric Fuentes et Emmanuel Véron

La mère de Yan n’écoute pas les conseils de sa fille. Elle continue, même après avoir été molestée à plusieurs reprises, de faire des rapports sur les pollutions causées par une usine de pâte à papier dans son village.

Yan s’inquiète beaucoup pour sa mère et craint que toute la famille pâtisse de ses agissements. Au printemps 2014, la mère de Yan collecte à nouveau des pétitions et les porte à la ville. Le long combat écologique de cette femme déterminée et courageuse est un long chemin sans fin.


Présenté comme un documentaire sur la dégradation de l’environnement, Endless Road du réalisateur chinois Jin Huaqing dépasse ce sujet et amène le spectateur à réfléchir au sens de l’engagement ; à la possibilité de lutter quand toute une société semble étendre ses voiles à un vent contraire et puissant, aux risques pris, aux revendications sociales et à l’écart troublant entre les politiques locales et nationales.

Plus qu’un documentaire environnementaliste, Endless Road peut, à juste titre, être considéré comme un documentaire sur un des visages de la société chinoise actuelle.

Si « l’engagement c’est [...] l’incarnation : donner corps et chair à nos idées, valeurs, convictions, croyances ; donner vie à nos choix selon nos cinq sens »1 alors ici l’incarnation est celle d’une lutte, une nécessité de lutter pour que la vie de cette femme – la mère de Yan comme elle nous est présentée – prenne sens pour elle. Endless Road nous donne à voir le chemin interminable que parcourt cette simple paysanne de la région de Hangzhou (dans la province côtière du Zhejiang) pour tenter – en vain ? – de sauver son village et les terres de la contamination par les rejets de l’usine de papier, implantée près d’un cours d’eau.

Seule avec son mari, le couple est très vite pointé du doigt par la communauté villageoise qui voit, elle, dans l’usine, une source d’emplois et d’enrichissement. Les relations corrompues du propriétaire avec les autorités locales lui permettent de mettre en place des menaces d’intimidation. La lutte de cette femme est dénoncée comme apatriotique, elle n’est pas une aimante du pays (aiguo), elle veut empêcher un prospère développement de la Chine et est vendue aux américains, voilà comment les officiels locaux la présente. Les autorités lui rendent la vie impossible, à elle et sa famille.

Dès lors qu’elle publie quelque chose sur internet, engage un processus de plainte ou encore décide de se rendre à Pékin pour porter ses revendications à l’administration des lettres et des visites (xinfang bangongshi), la police est envoyée à leur domicile. Passage à tabac, arrestations infondées, surveillance rapprochée, caméras autour de leur domicile, rien ne leur est épargné ; que ce soit directement via les forces de l’ordre ou par l’engagement de mafias ou de groupes criminels locaux.

Mais Endless Road offre aussi au spectateur la possibilité de voir les tensions internes de cette famille : les reproches du gendre aux grands-parents qui, selon lui, ne pensent pas à leur petit-fils et sa carrière, alors que la grand-mère, au contraire, prône une lutte au nom des générations futures.

Bref Endless Road donne à comprendre un triptyque très contemporain d’une Chine sous tension, engluée dans la corruption, les injustices environnementales et une bureaucratie lourde qui empêche – parfois – une volonté nationale d’être exécutée à l’échelon local.


1 Olivier BOBINEAU, Les formes élémentaires de l’engagement. Une anthropologie du sens, Paris, Temps Présent, 2010, 166 p. ; (p.151)

Autour du film : Interview en VO de Jin Huaqing

Image extraite du film. Tous droits réservés.