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Francophonie d’asie - panorama du cinéma laotien

Par Khamphanh Pravong

Invité d’honneur au 21ème festival international des cinémas d’Asie à Vesoul, le Laos était présent avec cinq films : Coups de feu dans la plaine des jarres, Le lotus rouge, Bonjour Luang Prabang, à l’horizon et Chanthaly. Ces films d’une grande variété peuvent être classés malgré tout en deux catégories, selon le contenu prépondérant, politique ou romancé.

Une rétrospective
de films laotiens montrés
à l’international
pour la première fois



Catégorie politique

Dans la catégorie « politique », nous trouvons les films Coups de canon dans la plaine des jarres, de Somchit Pholséna (1983) et Le lotus rouge de Som Ock Southiphon (1988).

Pour le premier film, le scénario est simple : utiliser la mythique Plaine des jarres comme symbole pour mettre en avant la victoire de l’armée patriotique contre les forces militaires royalistes fantoches et corrompues. L’intrigue du second film est similaire. Même si certaines scènes montrent une liaison entre l’héroïne du film, Boua Dèng (Lotus rouge), et un des jeunes soldats libérateur du peuple opprimé, le but final reste identique. C’est l’exaltation de la libération du peuple opprimé par les nationalistes. Ces films datent des années 80’, où l’on se devait d’afficher son militantisme idéologique.

Coups de feu dans la plaine des jarres (Siengpeun Chank Thonghai) de Somchit Phonsena et Pham Ky Nam (Laos, 1983, 81 min)

Il s’agit d’une reconstitution romancée de l’évasion du peloton patriotique laotien après qu’il a été encerclé dans la plaine des jarres dans les années 1950. Première fiction depuis l’avènement de la République Démocratique Populaire Lao en 1975, il a été néanmoins censuré peu de temps après sa sortie par les autorités en raison du personnage d’un haut militaire alcoolique et l’évocation de tribus résistantes. Ce film est donc une avant-première mondiale tout à fait exceptionnelle, plus de trente ans après son unique diffusion.




Le Lotus rouge (Bao Deng) de Som Ock Southiponh (Laos, 1988, 83 min)

À la veille de la défaite américaine et de la chute de la monarchie au Laos. Khammanh est amoureux de Boa Deng, ce qui n’est pas du tout du goût du beau-père de la jeune femme. Il s’arrange pour envoyer le soupirant au front et marier sa belle-fille de force à un riche notable, mais c’était sans compter sur le retour de Khammanh... Cette histoire d’amour prend pour toile de fond la prise du pouvoir par les communistes en 1975. Film de propagande commandité par le régime, il dépeint de manière admirable la vie quotidienne laotienne sous la monarchie et réussit même à aborder certains tabous par des thèmes sous-jacents.


Catégorie culturelle

Dans la catégorie « culturelle », nous trouvons trois films plus récents. L’ouverture de la jeune république laotienne permet de moins insister sur l’idéologie socialiste.

Les jeunes réalisateurs Anousone Sirisackdara et Sackchai Deenan lancent le premier long-métrage Bonjour Luang Prabang en 2008. Un jeune métis lao de la diaspora d’Australie revient au pays de ses parents pour faire un reportage photographique. Il tombe amoureux du pays et de la jeune guide. Ce film gai, jeune, empreint de cultures lao a rencontré un franc succès international. La tradition d’accueil des laotiens s’illustre tout le long du film. Son titre - incluant le nom de l’ancienne capitale royale, classé patrimoine mondiale par l’Unesco depuis 1997 - met en avant la richesse du pays et de sa population. C’est enfin un film qui montre les liens tissés entre les laotiens de l’extérieur et ceux restés au pays natal.

A l’Horizon, film de Anysay Kèola réalisé en 2012, nous montre un Laos plus grave et violent, où le sang et les armes à feu sont monnaie courante. Sin, un jeune homme issu d’un milieu aisé, se croit tout permis dans une société laotienne en pleine transition. Lud, un jeune mécanicien muet vit avec sa femme et sa petite fille. Celles-ci sont tuées dans un accident de voiture par Sin. Ivre de rancune, Lud séquestre Sin. C’est une facette sombre d’un Laos en proie à une évolution sociale incontrôlée. Version intégrale non censurée, c’est la première fois que les armes à feu ont été autorisées dans une production cinématographique privée montrant également l’existence des inégalités et de l’injustice sociale.

Enfin, Chanthaly, présenté ici dans sa version intégrale, est le premier film laotien du genre fantastique. Il a été produit en 2013 par la réalisatrice Mattie Do, première réalisatrice de l’Histoire du pays. Le genre « fantastique » était jusque-là interdit par les autorités. Séquestrée dans leur maison de Vientiane par un père protecteur, Chanthaly est persuadée que sa mère décédée tente de lui délivrer un message depuis l’au-delà. Après un changement de médicaments pour un problème de souffle au cœur, qui entraîne également la fin de ses hallucinations supposées, Chanthaly doit se décider à continuer son traitement ou risquer sa vie pour espérer entendre le message de sa mère. Malgré la simplicité du scénario et quelques hésitations dans la prise de vues, la réalisatrice a le mérite de mettre en image le monde visible et invisible si cher aux laotiens.

Bonjour Luang Prabang (SABAIDEE LUANG PRABANG)
de Anousone Sirisackda et Sakchai Deenan (Laos, 2008, 88 min)

Le photographe d’origine australo-laotienne Sorn veut renouer avec ses racines et part pour un voyage à travers le Laos. Il est accompagné de Noi, la guide locale, qui finit par tomber sous son charme. Mais leur périple n’est pas sans rebondissements... Cette rafraichissante production indépendante, tournée en douze jours est le tout premier long-métrage à fonds privés, autorisé à être tourné depuis l’avènement de la République Démocratique Populaire du Laos en 1975. Le succès du film va entraîner deux suites en 2010 et 2011.



Chanthaly de Mattie Do (Laos, 2012, 98 min)

Mattie Do est maquilleuse professionnelle sur des productions indépendantes européennes et américaines. Elle devient productrice de téléréalités à son retour au Laos en 2008, après 30 ans d’exil. S’associant à la seule société de production laotienne, Lao Art Media, elle réalise son premier long-métrage, Chanthaly, en 2012. Le film est le premier film fantastique laotien de tous les temps. C’est également le premier métrage réalisé par une femme au Laos, et qui engage ses propres économies (5.000 dollars) pour tourner ce thriller cérébral en huis-clos dans sa propre maison. Elle prépare actuellement son second, Dearest Sister, pour un tournage prévu en 2015.


Autour de cet article : interview de Anousone Sirisackda, réalisateur de Bonjour Luang Prabang ; bande-annonce de Chanthaly.

Photographies extraites des films. Tous droits réservés.