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Francophonie d’asie (cambodge) - Don’t think I’ve forgotten

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Par Cédric Fuentes

Lorsqu’on nous dit Cambodge, à priori les premiers termes qui nous viennent à l’esprit sont khmers rouges, Angkor, Sianouk, ou encore plages paradisiaque, forêts denses ou que sais-je encore. En tout cas, ce n’est manifestement pas au vers le rock’n’roll que les idées se dirigeraient. Et pourtant !

Et pourtant, Don’t think I’ve forgotten nous dresse en un peu plus d’une heure et demie une fresque colorée et rythmée de l’effervescence de cette musique dans le Cambodge des années 50 à 70. Faire rimer Cambodge et rock’n’roll semble, au sortir de ce film, une évidence.

Ce film constitue un véritable documentaire sur l’histoire du rock’n’roll au sein d’un des pays qui fut parmi les plus fermés du monde dans les années 75-80 où tout ce qui avait de près ou de loin attrait à la culture occidentale était non seulement banni, mais aussi, et surtout, condamnait à mort celui qui s’y prêtait. Oscillant entre la narration de récit de vie de groupes ou d’artistes phares de l’époque et la mise en avant d’archives historiques, Don’t think I’ve forgotten a réussi le pari de retracer l’histoire récente du Cambodge via le rock’n’roll. Car il s’agit sûrement là du point qui fait le génie de ce film, le rock’n’roll et son évolution sert de médium à une nouvelle approche historique de ce pays. Si, « la musique reflète l’âme de la nation » comme le dit ce dicton cambodgien sur lequel s’ouvre le film, alors ici chaque groupe, chaque artiste est sélectionné avec soin afin de montrer en quoi ils symbolisent un Cambodge moderne et épris de culture, le Cambodge du Prince Sianouk, le Cambodge de l’âge d’Or (50 -75’). En effet, on découvre au cours de film combien le gouvernement d’alors favorisait l’expression de la culture sous toutes ses modalités, comprenant alors le rock’n’roll.

Don’t think I’ve forgotten : Cambodia’s lost rock and roll
de John Pirozzi (Cambodge, 2014, 105 min)

Apparemment tout aussi amoureux de cette musique que les citoyens des pays occidentaux, on voit des scènes de liesse où – à ciel ouverts ou dans des clubs – les habitants de Phnom Phem se déhanchent sur des reprises des Beatles, des Stones ou encore de Santana, mais également sur les propres productions cambodgiennes. Copiant d’abord, « pour prouver que nous aussi, nous savions faire » comme certains le disent dans le film, puis redéfinissant certains codes en y intégrant une partie de la tradition des arts du pays, notamment dans les danses et les paroles, le rock faisait partie intégrante de la vie de la capitale. À ce titre, la bande originale du film est tout simplement extraordinaire et ne nous donne qu’une envie : courir rechercher par tous les moyens possibles les groupes qui nous ont donné envie de nous décoller de notre moelleux fauteuil rouge pour saisir notre voisine et endiabler l’obscure salle.

Cependant, Don’t think I’ve forgotten aborde, toujours via le rock’n’roll, des scènes bien moins euphorisantes et dépeint parfaitement les causes de la montée en puissance des khmers rouges. Rares sont les films documentaires à aujourd’hui mettre aussi bien en lumière les liens entre la guerre du Vietnam, les bombardements américains sur des territoires du Cambodge, l’intenable neutralité de Sianouk et le déclenchement du mouvement khmer. Il montre aussi les horreurs et abominations de ce régime, pendant lequel quasi-tout les enregistrements furent détruit, où la radio nationale ne diffusait plus des love songs mais l’hymne khmer. Hymne sanglant à juste titre car il faut rappeler que Pol Pot et son régime ont en 4 XXX années divisé la population totale du pays par deux.

Pour autant, c’est sur une note plus joyeuse - la libération du pays de l’occupation khmer et un bref visuel de l’état actuel de la société cambodgienne - que le film se termine. Au final, Don’t think I’ve forgotten est une ode rock’n’roll à la mémoire, la mémoire de l’âge d’or du Cambodge, son renfermement puis sa renaissance.


Autour de ce film : bande-annonce, article Cinéma cambodgien (1960 - 1975), Francophonie d’Asie : Cinéma cambodgien.

Photo et affiche du film. Tous droits réservés