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TENIR EN HALEINE (IRAN) - Les manuscrits ne brûlent pas

Par Sirine Madani

Le film fut présenté cette année au Festival International des Cinémas d’Asie hors compétition, Mohammad Rasoulof nous honorant de sa présence. De tous les cinéastes iraniens affichant une hostilité au pouvoir assumée dans leurs films, Mohammad Rasoulof est certainement le contestataire le plus évident. Présenté au Festival de Cannes 2013 dans la catégorie Un certain regard, Les manuscrits ne brûlent pas fut malheureusement peu médiatisé lors de sa sélection, sans doute car il fut tourné clandestinement en dépit de l’interdiction de son réalisateur de tourner pendant vingt ans.


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Les manuscrits ne brûlent pas
DAST-NEVESHTEHA NEMISOOZAND
de Mohammad Rasoulof (Iran, 2013, 127 min)

Kasra, écrivain iranien, s’est débrouillé pour écrire en secret ses mémoires, bien qu’il se sache sous la surveillance des services de sécurité. Ses écrits relatent son histoire quand il a été emprisonné pour raisons politiques, ainsi que différents évènements en lien avec sa vie d’intellectuel en Iran. Il a tout prévu pour l’édition de ces histoires et se prépare à quitter le pays. Khosrow est un tueur à gage. Sous l’autorité de Morteza, ils partent tous deux en mission pour un assassinat commandité. Le meurtre doit être mis en scène pour faire croire à un suicide. Mais les deux tueurs doivent changer leur plan initial au dernier moment.


Mohammad Rasoulof :
chronique noire sur la censure iranienne

Un film hors-la-loi

Film hors-la-loi dans ses conditions de réalisation, le film l’est aussi dans son sujet : l’itinéraire fastidieux de deux tueurs à gages, censés éliminer un groupe d’écrivains dont l’un d’eux a dissimulé un manuscrit témoignant d’un attentat manqué dans un bus contre un groupe d’intellectuels. Le film frappe par une esthétique sombre et glaçante où les intérieurs et extérieurs sont en équilibre instable constant, tantôt très lumineux, tantôt baignant dans une obscurité presque uniforme. Mohammad Rasoulof se joue des décors contrastés mais également de dialogues grinçants pour mettre en scène la violence physique et morale dans une grande virtuosité. Si certaines scènes sont empreintes d’une brutalité extrême et sans ménagements - notamment lors des scènes de tortures - d’autres nous font parfois sourire comme la maladresse de ces deux tireurs à gages ; deux compères marginaux affirmant avoir accepté « ce travail » uniquement pour subvenir aux besoins de leurs familles.

fureur dans la confrontation

Les manuscrits ne brûlent pas est un film d’un courage rare tant il se fait radicalement frontal à l’égard d’un régime qu’il critique avec la plus grande véhémence. Toute la fureur de ce film s’exprime dans une tension sourde ; pas de musique dramatique ni de grand lyrisme, le désespoir d’une société déchirée y est dépeinte dans son état brut, sans grandes fioritures. Toute la justesse de ce film réside justement dans ce minimalisme sublime qui nous fait entrer dans les consciences des héros et bourreaux de la dictature


Autour de ce film : voir l’interview du réalisateur.

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