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Tenir en haleine (hong kong) - Johnnie To

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Par Camille Laurence

Johnnie To est un réalisateur majeur du cinéma de Hong-Kong. Très connu pour ses polars noirs qui se déroulent dans l’archipel et qui mettent autant en scène la ville que les gangsters qui la peuplent, c’est un auteur aujourd’hui célébré dans le monde entier ou presque, aux côtés de John Woo ou Ringo Lam.

Tout d’abord yes man à la solde de Raymond Wong (Happy Ghost 3, Baat seng bou hei...) à la fin des années 80, Johnnie To a ensuite trouvé sa voie dans les polars sans pour autant laisser de côté la comédie, qu’elle soit franche comme dans Needing You en 2000 ou juste sur quelques scènes de Breaking News en 2004. Cependant, pour deux P.T.U. ou un Drug War, To a aussi tenté de nouvelles choses dans son cinéma, à réinventer sa vision du polar afin de livrer des films singuliers. Ses deux films projetés au FICA 2015 en sont d’ailleurs de flamboyants exemples.

Sparrow, sorti en 2008, narre l’histoire de quatre pickpockets qui tombent amoureux d’une femme fatale. La Vie Sans Principe, sorti en 2011, explore le destin de trois individus à la suite de la crise économique. Sous ces thèmes de polars et/ou de films noirs, To parvient à dynamiser son œuvre afin de prendre le spectateur à contre-pied.

Sparrow est sans doute un des films les plus expérimentaux de Johnnie To. En effet, le réalisateur hongkongais livre une comédie burlesque et légère, avec de longues scènes sans dialogues. Ce qui l’intéresse, dans ce sujet, semble être l’atmosphère d’une ville qui n’est enfin plus étouffante, mais poétique. Une des premières séquences du film est la description d’une journée de travail de Simon Yam (acteur fétiche de To et second rôle habituel) et de ses ouailles, le tout sous la musique jazzy/traditionnelle de Xavier Jamaux et Fred Avril. On est bien loin de la démonstration technique du plan-séquence inaugural de Breaking News. Tout le film est d’ailleurs dans cet esprit : une plénitude apaisante, une ambiance chaleureuse qui enveloppe le spectateur pendant deux heures. To n’est pas là pour raconter une histoire cohérente (il a d’ailleurs mis quatre ans à le tourner, entre deux ou trois projets), il veut juste rendre hommage avec ses acteurs favoris (l’excellent Lam Suet par exemple) à ses maîtres de cinéma, Jacques Demy en tête avec un final hommage aux Parapluies de Cherbourg. C’est ce qui fait la beauté de Sparrow, ce thriller comique, cette comédie romantico-noire, ce film inclassable et indispensable.

Pour ce qui est de La Vie Sans Principe, Johnnie To revient à un cinéma plus classique. Pas de séquence muette ou onirique, on est dans le thriller dramatique pur et dur. Mais sans pistolets ni même violence physique, pour la grosse partie du film. Diamétralement opposé aux autres films du même genre qu’il réalise habituellement. Construit autour de trois personnages (Ching Wan Lau, Richie Ren et Denise Ho) que l’on apprend à connaître pendant vingt minutes chacun avant d’entremêler les histoires de manière virtuose, La Vie Sans Principe est une merveille de tension et de construction dont le dernier quart d’heure est aussi haletant que Fulltime Killer.

C’est dans l’écriture de ses personnages et dans sa mise en scène qui ne juge jamais leurs faiblesses que le film se démarque des nombreux autres drames sur ce sujet. Ainsi, Ching Wan Lau, dernier maillon d’une famille de mafieux se voit lâché par ses porte-flingues en pleine quête pour une caution car eux aussi doivent manger et donc gagner plus d’argent que ce boulot ne leur en apporte. Johnnie To ne reste jamais loin de l’humour pince-sans-rire qu’on lui connaît. Encore une fois, sa direction d’acteurs fait mouche, malgré l’absence remarquée de Lam Suet et de Simon Yam.

Ces deux films, indispensables, montrent à quel point Johnnie To a atteint une nouvelle dans son art. Il est désormais capable d’insuffler un suspense et une tension digne de son dyptique Election (2005 et 2006) dans des films qui n’ont que très peu de rapport avec ce qu’il fait d’habitude. On est très loin de son Happy Ghost 3 et son intrigue policière un peu bancale ou de son Seven Years Itch dépourvu de tout suspense.


Election de Johnnie To (Hong Kong, 2005, 101 min)

Comme tous les deux ans, l’heure est venue pour les anciens de la plus antique des triades de Hong Kong, la Wo Shing, d’élire son nouveau président. Une sanguinaire rivalité se déchaîne entre les deux candidats à l’élection. Lok, qui bénéficie du respect des oncles, est le favori. Mais son adversaire, Big D, ne s’arrêtera devant rien pour infléchir le cours des choses, y compris remettre en cause des centaines d’années de tradition des Triades et influencer le vote par l’argent et la violence. Une lutte sans merci s’engage lorsque l’antique symbole du pouvoir de la Wo Shing, le Bâton à Tête de Dragon, disparaît. L’affrontement entre les deux clans pour récupérer le Bâton menace de diviser la Wo Shing. La Wo Shing est-elle encore en mesure d’imposer ses méthodes et sa tradition basées sur la fraternité dans l’impitoyable monde des affaires du XXe siècle ?

Election 2 de Johnnie To (Hong Kong, 2006, 101 min)

Deux années se sont écoulées et le mandat de Lok arrive à son terme ; mais celui-ci, déterminé à conserver son poste au sein de la Société, va contre la tradition démocratique de la Wo shing et entame une guerre pour le pouvoir face à Jimmy, contraint de se présenter sous peine de voir ses affaires immobilières anéanties par les autorités chinoises.

Photographies extraites des films. Tous droits réservés.