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Les brûlures de l’histoire - Terres et cendres (Khâkestar-o-khak)

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Un film de Atiq RAHIMI (Afghanistan, 2004, 105 mn)

Par Cécile JEUNE

L’histoire se passe en Afghanistan, pendant la guerre contre l’Union soviétique (1979-1989).

Un paysage désertique, des dunes à pertes de vue, une route sur laquelle le vent balaye des nuages de sable, une rivière asséchée et un pont, avec un barrage où s’arrêtent Dastaguir et son petit-fils Yassin, pour y attendre le passage d’un camion. Dastaguir souhaite aller à la mine où travaille son fils Mourad pour lui annoncer la mort de sa femme, de sa mère et de son frère lors du bombardement de leur village. Le vieil homme est perdu dans ses pensées. Il est obsédé par cette nouvelle qu’il doit transmettre à son fils et en même temps il se demande comment est-ce possible que son fils ne soit pas au courant du bombardement de leur village et s’il était au courant, pourquoi n’est-il pas revenu pour voir s’il y a avait des survivants. Dastaguir est tiraillé entre son devoir de deuil et la difficulté de dire la mort. Il est également hanté par un cauchemar, l’image dénudée de sa fille disparue, image tellement opposée aux codes culturels en vigueur que Dastaguir ne retrouve au final un semblant de paix qu’en la rhabillant mentalement.

L’attente est longue, presque absurde. Rien ne bouge ou presque. Le camion n’arrive pas et quand il est là, ils le ratent. Chaque image se déroule au rythme lent des pas du vieil homme, à sa manière de déplier méticuleusement son balluchon rouge, de sortir sa tabatière.

Dastaguir n’a pas beaucoup de patience envers son petit-fils qui ne fait que crier et courir partout. On ne comprend que progressivement au cours du film, que Yassin est devenu sourd à cause des bombardements. « Grand-père, les russes sont-ils venus prendre les voix de tout le monde ? Que font-ils de toutes ces voix ? Pourquoi les as-tu laissés prendre ta voix ? Sinon ils t’auraient tué ? Bibi n’a pas donné sa voix, et elle est morte… ». La scène où il explore un tank abandonné, cherchant désespérément les voix perdues à l’intérieur et criant qu’on lui « rende les voix et le bruit » est particulièrement émouvante et contraste avec le mutisme des autres personnages.

La puissance évocatrice des scènes d’attente et l’absence de contextualisation de l’histoire font ressortir la souffrance solitaire tant physique que morale des personnages et renforcent le sentiment d’impuissance face à l’absurdité de la guerre.

Terre et cendres, adaptation du livre du même nom écrit par le réalisateur (POL, 2000), est un film lumineux, magnifique et douloureux qui retranscrit par des images très contemplatives les blessures du peuple afghan.


Autour de ce film : bande annonce.

Images extraites du film. Tous droits réservés.