PODCAST

FICA Vesoul

Recherche :
Vous êtes ici : Thématique » Articles Inalco 2012

Les brûlures de l’Histoire - Nankin ! Nankin ! City of Life and Death

JPEG - 13.3 ko

Un film de Lu Chuan (Chine, 2009, 135 mn)

Par Antoine de MENA

Le XXème siècle a constitué un tournant tragique dans l’histoire de l’humanité, tour à tour niée (les camps de concentration), atomisée (la bombe atomique) et diminuée jusqu’à l’anéantissement (la torture).

Les massacres et exactions opérés par l’armée impériale japonaise lors de la prise et de l’occupation de la ville de Nankin en Chine en 1937 font partie de ces désastres qui marquèrent la fin de la modernité.

Le récit qui a été fait de cette désillusion ultime de l’humain, désigné par Maurice Blanchot comme « l’écriture du désastre » *, a trouvé sa forme cinématographique avec des auteurs tels que Roberto Rossellini (Allemagne année zéro, 1948), Alain Resnais (Nuit et brouillard, 1956 ; Hiroshima mon amour, 1958 ; Muriel, 1963), Claude Lanzmann (Shoah, 1985), ou le Cambodgien Rithy Panh, dont l’œuvre relate la barbarie des Khmers rouges. Autant de films – fictions et documentaires confondus – dont la force réside dans la subjectivité des regards et dans l’originalité des écritures. Des films qui questionnent, en dernière instance, l’aptitude même du cinéma à représenter l’ineffable, l’incompréhensible, le vide de sens.

Qu’en est-il du film de Lu Chuan ?

Force est de reconnaître au cinéaste le travail de documentation d’après archives, et l’effort de réalisme dans la représentation des événements. Le résultat est un film de guerre aux décors, aux reconstitutions et aux scènes de foule grandioses, et à la photographie volontairement anxiogène, avec caméra à l’épaule du début à la fin. Mais la tendance excessive du cinéaste à vouloir tout rendre visible, notamment dans la mise en scène des combats, des meurtres, des viols et de la cruauté sadique des soldats envers les civils, ampute fatalement le film dans sa capacité à accorder à l’imaginaire du spectateur toute sa liberté. Avec des moyens de production considérables, le film en est ainsi tristement réduit à une fonction d’illustration, à un rôle de preuve anti-négationniste, et se révèle être, in fine, une commande mémorielle à la violence faussement provocatrice et au propos tièdement humaniste.

*Cf. l’article de Serge Daney, « Resnais et l’« écriture du désastre » » dans Ciné-Journal, vol.I, pp.27-30.


Autour de ce film : bande-annonce.

Images et affiche du film. Tous droits réservés.