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Madame B, histoire d’une Nord-Coréenne

Après trois ans de tournage entre la Chine, la Thaïlande, le Laos et la France, à cheval entre la légalité et l’illégalité, Jero Yun nous rapporte le récit de vie d’une femme nord-coréenne, Madame B.

Un jour, elle décide de quitter la Corée du Nord afin de gagner de l’argent en Chine pour faire vivre sa famille, pour une durée d’un un environ. Elle ignorait à l’époque le périple qui l’attendait...

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miniatures des documentaires en compétition pour le FICA Vesoul 2017 - images du site du festival


Récits de vie : portraits d’Asie contemporaine

Chaque année, la sélection des documentaires du Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul permet de présenter un riche panel de témoignages, d’histoires, et de tranches de vie. Ces thèmes et sujets illustrent diverses réalités que les réalisateurs souhaitent mettre en lumière.
Cette année, les 8 documentaires en compétition étaient centrés, chacun à leur manière, sur l’histoire d’individus tous différents mais liés par leur parcours de vie unique, souvent difficile.

Parmi ces films, nous avons souhaité nous pencher sur “Madame B, histoire d’une nord-coréenne”, un documentaire sud-coréen qui a pour enjeu la représentation d’une réalité spécifique : celle des migrants nord-coréens qui fuient leur pays natal.


Jero Yun, le réalisateur


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Né en 1980 à Busan, au sud de la péninsule coréenne, Jero Yun est un réalisateur et scénariste sud-coréen. En 2001, il s’installe en France afin de poursuivre ses études aux Beaux-Arts. C’est en 2005 qu’il réalise ses premiers courts-métrages.
En 2012 son premier documentaire, “Looking for North Koreans”, remporte le prix de la mention du jury au Cinema Planeta, au Mexique. “Madame B, histoire d’une nord-coréenne” a gagné les titres de meilleur film documentaire au Moscow International Film Festival et au Zurich Film Festival 2016. Il a également été sélectionné dans de nombreux festivals, notamment pour l’ACID Cannes 2017.


Jero Yun au FICA de Vesoul, photo prise par les étudiantes de la filière CFI


Le documentaire « Madame B » : récit d’une vie mouvementée


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Après trois ans de tournage entre la Chine, la Thaïlande, le Laos et la France, à cheval entre la légalité et l’illégalité, Jero Yun nous rapporte le récit de vie d’une femme nord-coréenne, Madame B.

Un jour, elle décide de quitter la Corée du Nord afin de gagner de l’argent en Chine pour faire vivre sa famille, pour une durée d’un un environ. Elle ignorait à l’époque le périple qui l’attendait.

Après avoir traversé la frontière, elle se retrouve vendue à une famille de fermiers chinois, dont les parents vieillissants cherchaient une épouse pour leur fils. Au lieu d’un an, elle reste en Chine pendant de nombreuses années et devient alors passeuse, trafiquante et maquerelle, pour réussir à gagner assez d’argent pour sa nouvelle famille chinoise avec laquelle elle a tissé de forts liens, mais surtout pour celle qu’elle avait laissée en Corée du Nord. Dix années passent avant qu’elle ne puisse finalement revoir ses deux fils, et qu’elle les rejoigne en Corée du Sud, à Séoul, où elle avait réussi à les envoyer, ainsi que son mari nord-coréen. Jero Yun l’a suivie au cours de son périple, qu’il nous raconte grâce à ce documentaire. Madame B, c’est le récit de la vie d’une femme forte et d’une mère déterminée, portée par un désir de vivre incroyable. Madame B, c’est aussi une histoire de séparations : celle d’une femme séparée de son premier époux mais néanmoins attachée à sa nouvelle famille et son nouveau compagnon, gentil et respectueux ; celle d’une mère séparée de ses enfants pour qui elle voue son existence et risque sa vie quotidiennement ; celle de deux pays séparés par bien plus qu’une simple frontière.

affiche officielle du documentaire, Allocine


Un tournage difficile et dangereux


Jero Yun n’avait nullement prévu de réaliser Madame B. C’est au cours d’un voyage en Chine qui avait pour but de rencontrer des transfuges nord-coréens afin de réaliser une oeuvre de fiction qu’il rentre en contact avec Madame B. Il n’avait alors aucun scénario particulier en tête. C’est seulement après l’avoir accompagnée pendant plusieurs semaines, s’être immergé dans son quotidien et avoir rencontré d’autres nord-coréens par son intermédiaire, que le souhait de raconter son histoire incroyable s’est développé. C’est ainsi que ce documentaire sur Madame B a vu le jour, petit à petit.

Les conditions de tournage ont été uniques et particulièrement rudes. La réalisation du documentaire a nécessité trois ans, et plusieurs voyages entre la France, la Chine, et la Corée du Sud. La statut d’immigrants illégaux des transfuges nords-coréens, qu’il s’agisse de Madame B ou des autres transfuges, a exposé le réalisateur à des situations dangereuses, notamment lors du voyage pour atteindre la Corée du Sud. Il a fallu traverser la Chine et le Laos, pour pouvoir atteindre l’ambassade de Corée du Sud en Thaïlande, tout en évitant les autorités. Le réalisateur s’est notamment blessé en traversant des montagnes et raconte avoir plusieurs fois risqué sa vie. De plus, filmant seul avec des moyens réduit, de nombreuses images n’ont pas pu être filmées.


Le périple des « transfuges » nord-coréens


Tous les ans, de nombreux transfuges nord-coréens quittent leur pays en traversant au risque de leur vie la frontière sino-coréenne. Arrivés en Chine, ils se retrouvent en situation illégale ainsi qu’en grand danger : la Chine ayant des accords avec la Corée du Nord, elle rapatrie de force les transfuges qui n’ont alors d’autre choix que de vivre clandestinement.

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Si beaucoup d’entre eux restent en Chine de nombreuses années, la plupart essaient de rejoindre la Corée du Sud car celle-ci leur offre un statut légal, la nationalité sud-coréenne ainsi que de nombreuses aides pour s’intégrer à la société. Ils sont aujourd’hui près de 30 000 à s’être installés en Corée du Sud.

Le périple pour rejoindre le sud n’en reste pas moins long et dangereux. Il leur faut tout d’abord éviter les autorités et les trafiquants d’êtres humains - beaucoup de femmes nord-coréennes n’ont pas cette chance et sont vendues à des Chinois vivant dans les campagnes et ayant du mal à se marier, ou sont souvent contraintes à la prostitution. Ensuite, il leur faut réussir à atteindre les pays ayant des accords avec la Corée du Sud au sujet des transfuges, comme par exemple la Mongolie et la Thaïlande. Ce n’est qu’après avoir atteint les ambassades sud-coréennes qu’ils sont pris en charge avant d’être transportés vers Séoul. Ils sont généralement retenus plusieurs mois dans des centres dédiés à leur adaptation à la société sud-coréenne, très différente de ce qu’ils connaissent. Ces centres permettent aussi d’évaluer si ces nouveaux arrivants sont véritablement des transfuges et non des espions envoyés par le régime nord-coréen.


carte représentant les trajectoires empruntées par les transfuges pour rejoindre la Corée du Sud, Wikipedia


Même si aujourd’hui, nombreux sont les transfuges pour qui l’adaptation à la société sud-coréenne reste difficile, d’autres réussissent à s’intégrer et de plus en plus de réfugiés partagent leurs expériences et témoignages, que l’on peut retrouver en ligne ou sous forme de livres.


Citation du réalisateur


“특히 이 영화를 통해서 보여주고 싶었던 것은 씁쓸함이였어요. [...]결국 관객은 그 영화를 통해서 느끼게 되는 씁쓸한 감정, 우울한 감정, 그리고 분단이 나올 수 밖에 없는 비극을 보게 되는 것이에요.”

“Ce que je voulais montrer en particulier via ce film, c’est ce sentiment d’amertume. [...] Le public, à travers le film, ressent cette amertume, ainsi qu’une certaine mélancolie, mais aussi le drame de cette situation où la division est inévitable.”

Jero Yun



Pour en savoir plus : Le site du réalisateur

Sur les transfuges : article du nouvelobs, ina, cairn.info/revue-outre-terre, youtube

Sur le documentaire : courrier international

Ressources annexes : Carte, Affiche, Festival International des Cinemas d’Asie

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