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Les brûlures de l’histoire - West Beyrouth, à l’abri des enfants

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Un film de Ziad DOUEIRI (Liban, 1998, 105 mn)

Par Némésis SROUR

Inscrit dans la thématique « Les brûlures de l’histoire », le film traite de la guerre de 1975 au Liban. On pouvait s’attendre à un film dur, éprouvant, comme tout film de guerre, avec son lot d’images larmoyantes et de misère stéréotypée.


C’est en fait un film d’une grande justesse qui, en suivant les combats à travers la vie d’une famille de Beyrouth, laisse la place à la joie de vivre et l’humour au cœur du désastre, dans une écriture filmique pleine de finesse sur le vécu quotidien de la guerre dans la société civile.

Qui pourrait se douter, aux premières images du film, que le pire va arriver ? Nous sommes dans une cour d’école, des enfants chantent l’hymne national français, quand soudain, ils sont interrompus par le fauteur de trouble de service, qui s’empare du microphone pour couvrir de sa voix celle des autres élèves, en entonnant l’hymne national libanais, comme une revendication d’unité nationale ; comme une volonté de se réapproprier son identité, contre « la mission civilisatrice » française, dont la professeure française se fait le chantre. Pourtant, le danger ne viendra pas d’une rébellion nationale contre l’ancien colon, d’une guerre de libération intellectuelle, la guerre va se nourrir des dissensions internes d’un pays déjà fragilisé par les crises de 1958 et de 1964.

Le 13 avril 1975, une guerre civile qui va durer près de quinze ans, éclate au Liban. Si les livres d’histoire nous expliquent l’événement déclencheur : « Après l’assassinat d’un garde du corps du phalangiste Pierre Gemayel, les milices de ce dernier provoquent l’incident d’Aï Remmaneh : 27 Palestiniens sont massacrés dans un bus », pour les Libanais d’alors, la dégradation de la situation est incompréhensible. Du jour au lendemain, Beyrouth est divisée entre Est et Ouest, entre le Beyrouth des chrétiens, et celui des musulmans. Une situation qui arrange bien le jeune Tarek, ravi d’être délivré des griffes de Mme Vieillard, sa professeure française. Toutefois, au fil des jours, l’enfermement entre les décombres d’un espace dans lequel, il y a quelques temps encore l’on circulait librement est incompréhensible, absurde, inacceptable pour le protagoniste principal du film, qui continue à vouloir pratiquer librement sa ville. Dans une lutte contre cette Histoire qui s’impose à lui, il cherche à tout prix à faire développer la pellicule d’un film tourné avec son ami Omar, chez « Papa-Cobra », dont le magasin est situé dans Beyrouth Est, inaccessible. En chemin, il découvre la maison de passe de Oum Walid, que les deux jeunes garçons avaient fini par considérer comme une légende urbaine, seul lieu d’espoir pour le jeune garçon, seul lieu où la guerre ne doit pas exister, mais un lieu qui lui est fermement refusé.

Le conflit qui assaille le pays amène également un conflit intérieur, matérialisé par le couple des parents, entre la mère qui veut partir, et le père qui veut rester pour son pays. Quelle humiliation préférer : celle à laquelle les Libanais doivent faire face en tant que réfugiés politiques, qualifiés de « chiens galeux de l’Orient » ou celle qu’ils vivent au quotidien dans leur propre pays ? La première est insupportable au père, la seconde, à la mère.

Un seul impératif : toujours continuer à vivre normalement. La vie continue, au rythme des hurlements de la voisine qui insulte tous les matins le chant matinal du coq du voisin kurde du dessous, des jeux entre le père et le fils, des falafels que May et Tarek vont manger chez Ammo, l’oncle du jeune garçon et des tentatives de la voisine pour détourner son mari de la télévision en lui sortant le grand jeu – des actes et des gestes qui reprennent ceux qui existaient déjà avant la guerre, comme pour effacer l’horreur du bruit des bombes et des fusillades à l’extérieur. La vie semble suivre son cours. Mais son essence en est profondément altérée et la guerre fera perdre prématurément ce que rien ne pourra remplacer. La vie d’un être cher.


Autour de ce film : bande-annonce ; biographie du réalisateur sur Wikipédia.

Images extraites du film. Tous droits réservés.