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Les brûlures de l’histoire - Parvaz, l’envol de Réza

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Un documentaire d’Ali BADRI (Iran / France, 2010, 52 mn)

Par Bamchade POURVALI

Depuis plus de 30 ans, Réza est l’un des grands noms du photojournalisme. On se souvient de l’exposition qui lui a été consacrée au Jardin du Luxembourg en 2003 ou de celle au Parc de la Villette en 2011.

Ses portraits du général Massoud ou de Yasser Arafat ont fait le tour du monde ainsi que ses images d’enfants à Beyrouth, au Rwanda ou à Sarajevo. Si l’oeuvre photographique est connue, le parcours de l’homme était sans doute moins familier jusqu’ici. C’est ce manque que comble le documentaire d’Ali Badri. Le cinéaste donne la parole au photographe afin qu’il expose lui-même sa trajectoire de l’Iran à l’Afghanistan en passant par Paris.

En effet, « L’envol » qui donne son titre au film est à la fois métaphorique et concret. Ce fut initialement le nom d’un journal fondé par le jeune Réza à 16 ans et immédiatement interdit par le pouvoir politique du Shah. Plus tard, à 22 ans, Réza est arrêté et emprisonné pour avoir exposé des photographies montrant la réalité du pays. Pendant 5 ans, il partagera sa cellule avec des artistes, écrivains et intellectuels iraniens. C’est là qu’il apprendra le français, grâce à un manuel de langue qui sera sa seule distraction. En sortant de prison, il devient architecte et semble délaisser la politique avant que la révolution de 1979 l’amène à renouer avec la photographie. Il réalise aussitôt des reportages sur la prise d’otages de l’ambassade américaine ou la révolte des Kurdes. Blessé au début de la guerre Iran-Irak, il est contraint de quitter l’Iran en 1981. C’est alors que commence pour lui une carrière de globe-trotter photographe qui porte un regard précis sur le monde qui l’entoure : Afrique du Sud, Liban, Yougoslavie, tout en privilégiant une sphère culturelle proche de l’Iran : Azerbaïdjan, Turquie, Afghanistan. En 2001, il crée une ONG destinée au développement de la culture et des médias afghans baptisée Aina.

Ce qui frappe tout au long du film, c’est la capacité de Réza de raconter sa vie à travers ses photographies. Ce faisant, il rejoint une pratique ancienne de l’Iran, le « Pardédari » ou l’art de conter une histoire à travers des représentations peintes. On s’aperçoit alors que chaque image possède son histoire à l’intérieur d’un ensemble plus vaste croisant des destins et relançant des projets. Ainsi Parvaz est aujourd’hui le nom d’un journal afghan reprenant le titre que le jeune lycéen avait imaginé dans les années 1960. Le film se termine sur un portrait de famille montrant Réza au milieu de ses enfants comme un passage de témoin.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là : Parvaz a en effet été réalisé en 2009, 30 ans après la révolution iranienne alors que le pays connaissait d’importantes manifestations. De nombreuses images circulèrent sur l’internet, marquant l’affirmation d’une nouvelle génération et l’expression d’un nouvel envol. Contemporain de ces événements, le film n’en rend pas compte directement mais il en est le miroir lointain et une chambre d’échos profonde reliant le passé au présent.


Autour de ce documentaire : entretien avec Reza ; court extrait du documentaire ; Reza, site officiel ; Wikipédia ; exposition au Petit Palais.

Image extraite du film et portrait de Reza. Tous droits réservés.